« Techniques du corps » - la conception
On se rappelle que Mauss raconte, dans les premières pages des « Techniques du corps » (1936 : 365-372), comment il s'est vu obligé de reléguer à la rubrique embarrassante du « divers » toute une série de phénomènes : des impressions recueillies pendant la guerre, ses cours de gymnastique, sa façon de nager comme un bateau à vapeur, les jeunes filles qu'il observe au cinéma, en Amérique, ou encore marchant dans les rues de Paris. Il y ajoute un récit ethnographique, un mythe australien, et une définition trouvée dans l'Encyclopaedia Britannica. Tout cela présente pour lui une unité : il s'en approche, s'y débat, n'en est pas satisfait. Subitement, d'un coup, Mauss va enfin pouvoir ressusciter ces phénomènes, leur donner forme et corps, les organiser, les saisir dans leur unité. Et cela non pas à la suite d'expositions exhaustives ou de données nouvelles, mais d'un simple coup de plume, en les nommant : « Tous ces modes d'agir étaient des techniques, ce sont des techniques du corps » (1936 : 371, passim). Le terme « technique », somme toute assez banal, réussit, par sa seule mention, à exprimer et à expliquer son objet d'une façon succincte et complète. S'il en est ainsi, il nous faut montrer pourquoi et comment ce terme explique : les « techniques du corps », le phénomène désigné et défini, va nous servir d'exemple, d'occurrence diagnostique et donc explicative, de ce qu'est la « technique ». En effet, les techniques du corps peuvent être dites « techniques » de deux façons (non exclusives d'ailleurs) : par extension, en prolongeant un phénomène vers un autre jugé similaire ; et par abstraction, en investissant un concept de tout un sens métaphorique et heuristique. Dans les deux cas, c'est par rapport à l'acte corporel que la technique est définie comme acte traditionnel efficace (1936 : 370, 371) : un acte arbitraire, collectif, raisonné, d'une efficacité multiple. Technique et corps sont naturellement arbitraires Il ne faut pas considérer, dit Mauss, qu'il y a technique uniquement quand il y a instrument. Le terme peut s'étendre jusqu'à (faire) comprendre le corps humain, « le premier et le plus naturel instrument de l'homme. Ou plus exactement, sans parler d'instrument, le premier et le plus naturel objet technique - et en même temps moyen technique - de l'homme, c'est son corps » (1936 : 372). Mauss va alors, on s'en souvient, considérer plusieurs principes de classification (sexe, âge, rendement, transmission) (1936 : 373-375), et opter pour une « énumération biographique des techniques du corps » ; ses modes d'agir aux différents moments de la vie (naissance, enfance, adolescence) et de la journée (sommeil, repos, activité) (1936 : 376-383). Si le corps, inévitablement présent, est aussi perpétuellement employé, on pourrait en conclure qu'il est lui-même le prototype technique. Le corps, qui se passe d'instruments, qui est son propre objet et son propre moyen technique, serait alors le précurseur, le modèle et la source des instruments. En fait, l'absence d'instruments n'est un critère ni de définition, ni d'exclusion : « Il y a des techniques du corps qui supposent un instrument » (1936 : 377). Les exemples de Mauss sont nombreux : les gens à berceaux et sans berceaux ; avec oreillers, sans couvertures ; les bêches françaises, et les anglaises, etc. D'autre part, le corps n'est ni l'inspirateur ni le précurseur matériel de la technique. C'est sur ce point que Mauss va apparemment s'aventurer au plus près de la pensée de Leroi-Gourhan, puisqu'ils abordent le même objet - l'organisme humain - avec un langage compatible : « premier », « naturel », « technique ». Pour Leroi-Gourhan, nous l'avons vu, la technicité humaine est une propriété somatique, l'aboutissement évolutif des couples nerf/muscle, face/membre, et ultimement cerveau/main (1957, 1964, 1983). La technique est virtuellement la continuation du corps, qui est le moyen premier et naturel ; elle est l'extension et l'« extériorisation » de l'organe. C'est alors l'organisme qui est la source métaphorique, l'origine des images projetées vers la technique pour l'éclairer. Pour Mauss aussi, le corps est « premier et naturel », mais d'une autre façon, et pour des raisons très différentes. Au sens large, naturel est souvent employé pour désigner ce qui est (pris pour) évident, habituel, non questionné. Ainsi : « La danse enlacée est un produit de la civilisation moderne d'Europe. Ce qui vous démontre que des choses tout à fait naturelles pour nous sont historiques » (1936 : 381). Mais quand Mauss dit qu'« il n'y a pas de "façon naturelle" chez l'adulte » (1936 : 370), il entend par là que la nature, ses lois et ses processus, ne peuvent pas (faire) comprendre le corps, ni en rendre entièrement compte. Et c'est justement à ces façons d'agir non naturelles que l'expression « techniques du corps » se rapporte. Cette appellation suppose (littéralement) que la technique ne découle pas « naturellement » d'un phénomène vivant qui la précède et la détermine ; et elle implique aussi (figurativement) que l'organisme est le destinataire, et non pas l'inspirateur, des métaphores explicatives. Si Mauss peut déclarer, par exemple, « rien n'est plus technique que les positions sexuelles » (1936 : 383), c'est bien parce que « technique » est un terme abstrait et investi de sens : la technique est « humaine par nature » (1941 : 253), c'est-à-dire « arbitraire » (1927 : 198). Tout phénomène social, explique Mauss, a ce même caractère essentiel : qu'il soit un symbole, un mot, la science la mieux faite, « (...) qu'il soit l'instrument le mieux adapté aux meilleures et aux plus nombreuses fins, qu'il soit le plus naturel possible, le plus humain, il est encore arbitraire. (...) Une poterie, un outil, tout a un type, un mode, et (...) un mode à soi d'utilisation. (...) Le domaine du social, c'est le domaine de la modalité. Les gestes mêmes, le nœud de cravate, le col et le port du cou qui s'ensuit (...), tout a une forme à la fois commune à de grands nombres d'hommes et choisie par eux parmi d'autres formes possibles » (1929 : 470). L'instrument le premier et le plus naturel C'est par les techniques du corps que l'homme va atteindre la totalité de sa personne : il va accéder à ses recoins et ses réserves, à ses ressources les plus sauvages, pour consciemment les contenir et les domestiquer. Exercer l'enfant à nager, c'est l'habituer à dompter ses réflexes, à inhiber ses peurs, c'est créer et sélectionner en lui une certaine assurance (1936 : 366). Le principal gain que Mauss voit à son alpinisme d'autrefois, c'est de l'avoir éduqué au sang-froid. Ce sang-froid « sert avant tout un mécanisme de retardement, d'inhibition de mouvements désordonnés ; ce retardement permet une réponse ensuite coordonnée (...) dans la direction du but alors choisi. Cette résistance à l'émoi envahissant est quelque chose de fondamental dans la vie sociale et mentale » (1936 : 385). Car, enfin, c'est bien « grâce à la société qu'il y a une intervention de la conscience (...) qu'il y a sûreté des mouvements prêts, domination du conscient sur l'émotion et l'inconscience » (1936 : 386). Moyens de résistance et d'inhibition, les techniques du corps vont aussi remplir l'espace de possibilités qu'elles ont ainsi dégagé. Elles instaurent, elles remplissent, elles manifestent. L'homme fort, l'homme qui sait se comporter à la guerre, c'est « celui qui résiste à l'instinct, ou plus exactement celui qui le corrige grâce à d'autres instincts » (1924 : 296). Ces « autres instincts », fruits de l'éducation, feront passer l'homme d'être un corps à avoir un corps. L'attitude morale et physique que la société inspire à ses membres et dans ses membres, s'inscrira et s'incrustera en eux, jusqu'à faire partie de leur nature. Les techniques du corps sont donc arbitraires ; autrement dit, elles sont « particulières à chaque société, au point d'en être signe » : le Français, l'Anglais, la jeune fille américaine, la jeune fille élevée au couvent, tous ont des façons de marcher distinctives et reconnaissables. Ainsi, « vous pouvez deviner avec sûreté, si un enfant se tient à table les coudes au corps et, quand il ne mange pas, les mains aux genoux, que c'est un Anglais » (1936 : 368). Mais les techniques du corps ont beau relever d'une idiosyncrasie sociale, et constituer un datum sociologique, ce n'est pas là seulement que réside leur intérêt et leur efficacité. Le « gait », ce jeu des hanches des femmes maori (1936 : 370), est une gestuelle acquise, non naturelle, une question d'esthétique locale (disgracieux pour nous, admiré par eux), une affaire, enfin, de choix arbitraire. Mais, tout arbitraire qu'il est, ce « gait » n'en est pas moins contraignant et obligatoire. Montée « par et pour l'autorité sociale », cette façon de marcher doit être perpétuellement montrée et assumée de son propre corps, contraint et discipliné si besoin est. L'enfant prend certaines postures « qui lui sont infligées » (1936 : 377). A se tenir droit, « comme il faut », son corps lui sert d'affiche et d'aide-mémoire ; ses bonnes manières seront visibles et offertes à la critique des autres ; jusqu'au moment où, une fois endoctriné, elles deviendront invisibles pour lui-même. Par rapport au petit dîneur anglais, « une jeune Français ne sait plus se tenir ; il a les coudes en éventail : il les abat sur la table » (1936 : 368). Ce qui est visible en ce point, c'est l'attribution d'une valeur sociale à l'arbitraire, qui devient alors une conduite évaluable, sujette à approbation ou à réprobation. L'acte du corps, donc, n'est pas le produit de « je ne sais quels agencements et mécanismes purement individuels, presque entièrement psychiques ». L'acte s'imite et s'émule à partir de personnes en qui nous avons confiance et qui ont autorité sur nous ; personnes de prestige dont les actes sont « ordonnés, autorisés, prouvés ». L'acte s'impose du dehors, d'en haut ; il est monté non seulement par l'individu, « mais par toute son éducation, toute la société dont il fait partie, et la place qu'il y occupe » (1936 : 369, 372, passim). Et c'est ainsi que le corps se retrouve technique : il est, au sens propre, « le premier et le plus naturel instrument de l'homme » - instrument d'acculturation, de contrôle, qui domptera de son mieux les comportements indésirables de l'organisme animal. Instrument d'incorporation, qui positionne, construit et discipline l'être social. C'est « techniquement » que le corps s'intègre au « rythme naturel » de la société, à l'« unanimité voulue, arbitraire même, mais alors et toujours nécessaire » (1927 : 214), qui fait vivre les gens en commun et les fait penser et agir ensemble. Ce rythme naturel, ces attitudes qui varient avec les sociétés, les éducations, les convenances, les modes et les prestiges, Mauss va l'appeler habitus : « Il faut y voir des techniques et l'ouvrage de la raison pratique collective et individuelle, là où on ne voit d'ordinaire que l'âme et ses facultés de répétition » (1936 : 369). Technique, société, savoir Et il se trouve, d'ores et déjà, que le corps agissant et la technique partagent la même définition : les actes techniques sont des actes « connus comme tels » (1947 : 22, 1974 : 252). Chacun est « senti par l'auteur (...) et poursuivi dans ce but » (1936 : 372). Les techniques du corps sont bien « les façons dont les hommes, société par société, d'une façon traditionnelle, savent se servir de leur corps » (1936 : 365). La technique, et le corps technique, sont donc une affaire de raison pratique, de savoir social. Pour mieux comprendre cette position, et ses implications sur la nature du savoir et de la société, situons les arguments de Mauss vis-à-vis de deux thèses qui leur sont contemporaines. Pour Bergson et son Homo faber, la technique ne peut être d'origine sociale, puisqu'elle est « une vertu créatrice (...) de la vie individuelle et profonde de l'esprit » (Mauss 1941 : 254, 1927 : 194). De sorte que, si l'exécution de l'acte technique est sociale, son inspiration n'en est pas moins individuelle. Mauss va renverser cet argument en partant d'une autre compréhension de la société. La société humaine est « par nature » une société animale (1924 : 286). Mais, si elle en garde les traits, elle s'en distingue (« jusqu'à nouvel ordre », ajoute Mauss non sans ambiguïté) : ce qui est social chez l'homme, ce ne sont pas les faits communs (manger, dormir), mais ceux qui sont l'effet de la vie en commun (1927 : 208). Pour paraphraser Bergson, c'est dans la société que se trouve la « vertu créatrice ». Exécuté individuellement, l'acte technique est adapté, transformé, dirigé par un effort commun, « alimenté à chaque instant et en chaque lieu par de nouveaux apports » (1941 : 254) - il est donc foncièrement social. Lévy-Bruhl, lui, utilise la nature propre du savoir technique pour l'exclure des représentations sociales. La technique est une affaire rationnelle, régie par des contraintes et des déterminations inaltérables. Son savoir doit donc être d'ordre « logique », et ne relève pas de la pensée « illogique » mystique, et collective. C'est une idée à laquelle Mauss va « franchement résister » (1923, 1929 a, 1939 a). « Pareille croyance mystique n'exclut d'ailleurs pas des connaissances exactes : l'homme du paléolithique choisissait soigneusement les pierres qu'il allait tailler en pointes de flèches ; les "primitifs" modernes possèdent des connaissances précises en ethnobotanique, en ethnozoologie. Dans tous leurs gestes, il y a une activité technique et scientifique à laquelle s'ajoute, là où nous n'en mettons pas, une activité religieuse » (1947 : 165). Pour Mauss, la représentation partagée est capable d'être consciente et efficace. Inversement, tout comme les techniques du corps, les représentations techniques et scientifiques ne sont pas individuelles (1929 a : 249), mais bien collectives. S'il en est ainsi, c'est parce que « la raison a la même origine volontaire et collective dans les sociétés les plus anciennes et dans les formes les plus accusées de la philosophie et de la science » (1923 : 131). Cela nous permet de comprendre la nature du savoir technique, qui est social : ce n'est qu'en un sens, ce n'est que « par un côté », qu'il est arbitraire et affaire de choix commun. Sous son aspect concret et tangible, il est nécessairement soumis, dans son existence matérielle, à des tests rigoureux, qui par définition ne sont pas arbitraires. Ce savoir, insiste Mauss, peut être connu de façon « traditionnelle » et « efficace » à la fois. Nécessaire à la réussite et à l'existence même de la technique, ce savoir s'investit et se reproduit dans chacune de ses effectuations particulières et de ses pratiques collectives. On peut le suivre dans le procédé et dans l'objet même. « L'emploi des pièges (...) suppose la connaissance d'une partie de la mécanique ; connaissance informulée, mais qui n'en existe pas moins. » « Un bon nombre de théorèmes de la géométrie (...) ont été résolus sans avoir besoin d'être formulés consciemment, par les vannières » (1947 : 28, 33). Ce qui caractérise le technicien, le trappeur, la vannière, c'est de savoir, d'une façon qui n'est pas nécessairement « logique », mais qui n'en est pas moins adéquate et apte à être partagée. Ils connaissent « la solution pratique du problème », et leurs actions relèvent d'une « pratique » consciente (1947 : 41) et non d'une logique théorique. Après tout, précise Mauss, la distinction entre pratique et logique théorique, ou encore entre technique et science, n'est qu'un artifice de l'Homo sorboniensis : « Quand on étudie concrètement les arts et les sciences, et leurs rapports historiques, la division en raison pure et en raison pratique semble scolastique, peu véridique, peu psychologique et encore moins sociologique. On sait, on voit, on sent les liens profonds qui les unissent dans leurs raisons d'être et dans leur histoire » (1927 : 198). Du coup, il n'y a pas à attribuer a priori un poids causal ou une valeur explicative différents au savoir-dire - la formule explicite - et au savoir-faire - la « connaissance informulée mais qui n'en existe pas moins ». Mauss précise que « toute pratique traditionnelle ayant une forme, se transmettant par cette forme, est à quelque degré symbolique. Lorsqu'une génération passe à une autre la science de ses gestes et de ses actes manuels, il y a tout autant autorité et tradition sociale que quand cette transmission se fait par le langage » (1934 : 332). Comme les techniques du corps, conscientes ou tacites, la technique - « proprement dite » - et son savoir sont affaire d'habitus et de raison pratique. Raison pratique et raison de la pratique La technique est évidemment affaire d'efficacité concrète, et Mauss discute longuement cet aspect. La technique est dirigée vers une finalité qu'elle rend possible d'obtenir, assurant ainsi la continuation matérielle de l'individu et du groupe. Aussi la technique est-elle d'une efficacité sociale, au sens où, à travers des formes concrètes et nécessaires, elle peut modeler et reproduire l'« état social » et la division du travail. Considérée à ce niveau si profondément original de sa réflexion, la technique vue par Mauss prend une tout autre portée. La technique est plus qu'une pratique raisonnée parmi d'autres : avec la technique, on rejoint les « origines sociales de la raison » (1927 : 200). Les études de la « mentalité », de la « fabrication de l'esprit humain », de sa « construction » et de son « édification » sont maintenant de mode, dit Mauss (1927 : 184, 229). De ces études, Mauss pour sa part ne fera qu'esquisser le plan et le cadre général. « La raison et l'expérience intelligente sont aussi vieilles que les sociétés et peut-être plus durables que la pensée mystique » (1927 : 230). Si des notions comme celles de classe, de temps, d'âme, sont plutôt d'origine juridique, religieuse ou symbolique, cela ne signifie pas que toute notion générale ait eu le même fondement. « Il reste à étudier bien d'autres catégories, des vivantes et des mortes, et bien d'autres origines, en particulier les catégories de nature technique. Pour ne citer que les concepts mathématiques, du nombre et de l'espace, qui dira jamais assez et avec assez d'exactitude, la part que le tissage, la vannerie, la charpente, l'art nautique, la roue et le tour du potier ont eue dans les origines de la géométrie, de l'arithmétique et de la mécanique » (1927 : 185). C'est bien parce que les techniques sont concrètes, et pratiquées collectivement, tacitement et par habitude, que « c'est peut-être dans les techniques et par rapport à elles que s'est élaborée la véritable raison tout court » (1927 : 198). Par un aphorisme qui ne rejoint qu'en partie celui de Marx, Mauss (1927 : 197) pose ce qui pourrait être un point de départ vers une « archéologie de la raison » : « L'Homme crée et en même temps il se crée lui-même, il crée à la fois ses moyens de vivre, des choses purement humaines, et sa pensée inscrite dans ces choses. Ici s'élabore la véritable raison pratique. » Nous retrouvons ici les raisons de la pratique technologique. « J'appelle technique un acte traditionnel efficace (et vous voyez qu'en ceci il n'est pas différent de l'acte magique, religieux, symbolique) » (1936 : 371). Effectivement, nous l'avons vu, il n'en diffère pas, au sens où il est, lui aussi, un fait social total. Il en diffère cependant, en ce qu'il est mieux connaissable, et connaissable autrement. Avec les divisions sociologiques on est « (forcés) à voir, à chercher les actes sous les représentations, et les représentations sous les actes et, sous les uns et les autres, les groupes » (1927 : 224). Les méthodes technologiques nous donnent des moyens concrets et puissants pour le faire. Nous avons vu que lorsqu'il s'agit de décrire la société, de la caractériser, de comprendre ce qui s'y passe, de saisir sa nature dans son jeu propre et à travers les individus qui la constituent, c'est vers la technique que Mauss se tourne. Il la détourne ainsi de son sens strict « proprement dit », il la dégage de son caractère ponctuel et particulier, en donnant à l'objet, au geste, au savoir, et à leur pratique, une tout autre valeur. Dire qu'« un outil n'est rien s'il n'est pas manié » (1927 : 214), ce n'est pas (dans ce contexte) un constat technologique, c'est plutôt une « abstraction réifiée » de la société. C'est la société qui n'est rien si elle n'est relation, mouvement, devenir, car elle est elle-même une chaîne opératoire, une série d'actes et de représentations montés et remontés collectivement, un savoir tacite qui devient nécessaire, une raison pratique habituelle, perpétuellement efficace puisqu'elle constitue de nouveaux rapports en se pratiquant.




Commentaires
Le mercredi 14 juin 2006 à 11h11, par Kylan :: #
Ton analyse et commentaire de cette oeuvre de Mauss et juste... EXEMPLAIRE !! Félicitation quelle merveilleuse interprétation totalement convaiquante et logique.. Bravo
Le jeudi 15 juin 2006 à 11h11, par Dolgo :: site :: #
Et si seulement c'était moi qu'il fallait remercier !
Merci beaucoup mais... ce texte est celui de Nathan Schlanger. Je l'ai mis en ligne ici parce que je le trouvais, moi aussi, rondement mené.
Désolé pour la méprise, les références apparaissent en haut du billet.
Ecrit par : Dolgo OOOOps ! | 20 juin 2006
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