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29 mai 2006
Résonance(s)
De la raison en réseaux ;
Résonances de la vie de laboratoire

1- Présentation de l’article et du sujet de recherche
L’objectif de cet article est de croiser trois éléments, conformément à l’évolution des idées collectives brièvement élaborées au long de l’année universitaire. Nous avons d’abord cherché à insérer chacun de nos sujets de recherches dans différentes thématiques. Il s’en est dégagé trois et j’ai opté pour le groupe « espaces et territoires » (premier élément). Il nous fallait ensuite définir une notion qui viendrait chapeauter tous nos articles. « Résonance (s) » a finit par s’imposer (second élément). Le troisième élément est évidemment chacun de nos sujets de mémoire. Mon sujet de recherche est ancré dans un sous-champ hélas méconnu des sciences humaines, qui cherche à analyser la production sociale des sciences et des techniques. Par commodité, je le nommerai socio-anthropologie ou anthropologie des sciences.
(...)
J’ai alors proposé un travail de terrain à réaliser en France. Mon mémoire exposera donc les résultats d’une enquête (une ébauche ethnographique) menée cette année auprès [d'un laboratoire]
Afin de donner la plus brève synthèse de la spécificité de ma problématique, il me faut insister sur sa dimension d’enquête : la démarche retenue est particulièrement itérative en dépit du plan d’enquête que j’ai pu suivre sans radicalement le transformer. J’ai nommé l’élément central, le référent unique de cette enquête « fait chimique » : alors que les chimistes entendent analyser les phénomènes chimiques, j’entends saisir le fait chimique comme un fait social qui mobilise une certaine variété d’acteurs participant tous, selon leur rôle, à la construction de ce fait. En m’inspirant du titre d’un ouvrage coordonné par Arjun Appaduraï, The social life of things, 1985, mon enquête (pour-)suit la vie sociale d’un échantillon de matière organique (...). Enfin, cette poursuite du fait chimique se décompose en trois temps : l’amont, le centre et l’aval. L’amont concerne les statuts universitaires du laboratoire et les commanditaires ; le centre correspond à l’activité du [laboratoire] et l’aval se penche sur l’utilisation des résultats communiqués aux commanditaires. Il s’agit à présent d’identifier d’une part quels espaces ou territoires s’insèrent dans l’activité étudiée et d’autre part quel type de résonances peuvent y prendre place.
2- Espaces et réseaux
La notion de territoire (national ou transnational notamment) dans le contexte de cette enquête (...) n’a pas été interrogée : il apparaît assez nettement qu’en voulant saisir les particularités (locales) de l’activité du laboratoire, le problème d’une discussion (macro)sociologique ne s’est pas posé. Faire référence au fonctionnement national, institutionnalisé ou politique de la science et de la recherche française reste toutefois à propos. Mais en questionnant les pratiques, la notion d’espaces me semble plus pertinente, en ce qu’elle renvoie à un concept effectivement adaptable à la problématique : celle de réseaux et d’« acteur-réseau » tel que Michel Callon l’a développé[1]. Au cours de mes premières interventions au [laboratoire], j’ai consulté la responsable sur le fonctionnement général du laboratoire pour dégager une vue d’ensemble des « partenaires » du laboratoire. Ainsi s’est précisé un réseau que je peux organiser entre l’amont (l’UMR, les universités, le CNRS…) et l’aval (les utilisateurs des services du laboratoire (...) ) A ces différentes catégories d’acteurs correspondent des espaces matériels (centres de recherches) ou immatériels (institutionnels) qui constituent une périphérie du laboratoire étudié, placé au centre du réseau.
Lier cette situation à l’idée de résonance (ou à une quantité de termes qui s’en approchent[2]) est alors tout indiqué.
3- Résonances, transduction et interdisciplinarité
J’entendrais le terme, plutôt que le concept, de résonance en tant que relation ou d’interrelation. Sans plonger ici dans les approches théoriques inhérentes à ma problématique, je souligne, dans l’enquête au [laboratoire], la mise en circulation d’un « fait chimique » à travers différents contextes : c’est la relation entre différentes entités (administrations universitaires, acteurs du [labo], archéologues et autres utilisateurs des services du laboratoire) qui, selon moi, donne son sens au « fait chimique ».
Quelques recherches Internet ont confirmé le fait prévisible que le terme « résonance », lorsqu’il est employé par des anthropologues, des sociologues ou des philosophes n’est pas entendu comme un concept ou un outil pour ces disciplines. On parlera donc de façon commune d’un texte ou d’un auteur qui entre en résonance avec un autre, d’un phénomène qui agit comme une caisse de résonance (l’amplification d’une situation sociale par un facteur particulier, une fête de village qui exacerbe les passions familiales ou sociales, par exemple). Cependant, Bernard Stiegler, citant Gilbert Simondon, indique : « “L’être technique évolue par convergence et adaptation à soi ; il s’unifie intérieurement selon un principe de résonance interne.” Cette unification par résonance interne est un cas particulier de relation transductive, dont Du mode d’existence des objets techniques... [G. Simondon, 1989, Aubier] n’explicite pas le concept. Transduction signifie : relation dynamique qui constitue les termes mis en relation (les termes n’existent pas hors de la relation, et l’un ne peut donc pas précéder l’autre). »[3] Cette considération théorique, abordant la notion de transduction, me permets de confirmer qu’effectivement, toute la vie du laboratoire n’existe qu’en relation directe avec ses utilisateurs ; les commanditaires de services déterminent absolument son activité (l’analyse par le radiocarbone des échantillons).
Un autre type de résonance, voire de transduction s’applique à une recherche en socio-anthropologie des sciences et des techniques que je qualifierais d’interdisciplinaire. Un certain nombre d’écoles (Strong Program, EPOR, PAREX, Nouvelles sociologies des sciences, etc.) de domaines (santé, intelligence artificielle, logique, musicologie) et de disciplines (sociologie, psychologie, histoire, anthropologie[4]) se sont historiquement constituées, depuis les « classiques » de l’épistémologie à la « guerre des sciences », vifs débats qui opposent actuellement, pour schématiser, les tenants du rationalisme et les défenseurs du relativisme…
Conclusion
Ironie chafouine, la notion de résonance, selon moi étrangère aux sciences humaines, est un concept attaché au domaine qui m’occupe, celui des sciences dures. Associée à la physique et l’acoustique, la résonance correspond à une « excitation sinusoïdale particulièrement amplifiée au voisinage de la fréquence propre d’un système, lui-même réactif à des oscillations qui lui sont propres. (…) Sommairement, on peut dire que le système réagit d'autant plus facilement qu'on lui fournit de l'énergie à une fréquence proche de sa fréquence naturelle »[5] Cette définition ne saurait nous aider à établir la résonance comme un « outil pour l’anthropologie », que notre groupe s’est proposé d’interroger en ces termes. Reste que je trouve l’expression séduisante puisqu’elle peut susciter des réflexions, être interrogée et utilisée par l’anthropologie.
[1] Callon M. (dir.), 1988, La science et ses réseaux, genèse et circulation des faits scientifiques, La Découverte, Conseil de l’Europe, UNESCO, Paris.
[2] Nous pourrions aussi bien utiliser les termes d’un champ sémantique étendu autour du terme « résonance » : relation, causalités, ampleur, harmonie, écho, retentissement, réverbération, conjonction, transduction…
[3] Stiegler B., 1994, « Temps et individuation technique, psychique et collective dans l’œuvre de Simondon » En ligne : http://multitudes.samizdat.net/Temps-et-individuation-technique.html#nh5
[4] Un très court article du SHADYC (EHESS) fait un état des lieux de la variété des recherches actuelles ; SHADYC, avril 2006, « Sciences sociales et sciences de la vie : savoirs et techniques ». En ligne : http://shadyc.ehess.fr/document.php?id=135
[5] Adapté de l’encyclopédie en ligne Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9sonance
22:51 Publié dans La socio-anthropologie des sciences et des techniq | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note



Commentaires
Qu'est que la résonance vient faire en ce sonar ?
Ecrit par : Le garde-mots | 29 mai 2006
Sonar ? quel sonar ?
A partir de demain, le terme "résonance" sera entré dans le vocabulaire des anthropologues (de l'infini et au-delà !!)
Ecrit par : Dolgo | 29 mai 2006
"résonance" ... c'est un mot que j'affectionne
Mais je ne l'avais jamais entendu dans ce sens ...
Honnêtement, j'ai lu ton article deux fois ... j'en ai saisi la substantifique moelle, mais je m'autoriserais d'autres lectures pour avoir un avis pertinent ;)
S'agit il d'une espèce de prologue à ta thèse ? ou d'un genre de "bande annonce" ?
Ecrit par : pkdille | 30 mai 2006
Eh bien pkdille ! (décidément, je préférais ****n* !!) Quel honneur d'être ainsi lu en détail !
De quelle résonance parles-tu ?!! J'en donne la "vraie" définition en conclusion... mais ne l'entendais-tu pas par "relation, causalités, ampleur, harmonie, écho, retentissement, réverbération, conjonction, transduction…" ?
Mon article n'a rien de bien scientifique (version anthropo), c'est pas mal de l'esbrouffe un poil honnête rédigée en quelques heures...
Ce n'est en rien un prologue à ma thèse; plutôt un exercice de coordination de mon boulot actuel à ce terme de résonance.
Et là, je viens de passer la journée à écouter mes charmant(e)s collègues raconter leurs terrains et recherches en les liant à cette idée résonante... Ce fut agréable... mais STOP! mes neurones ont besoin de bière et de musique !
Ecrit par : Dolgo | 30 mai 2006
"Qu'est que la résonance vient faire en ce sonar ?", c'était une manière de te dire que je n'étais pas tombé dans ton piège pseudo-scientifique. La preuve est ici:
http://legardemots.tooblog.fr/?2005/10/29/412-anagramme
Ecrit par : Le garde-mots | 03 juin 2006
Point de piège n'y ai-je pourtant posé !
Ecrit par : Dolgo | 03 juin 2006
C'est interessant (malgré l'artificialité revendiquée des thèmes réunis ici), j'aurais aimé être à ce colloque entendre un peu tout ça de vive voix.
J'aurais aimé en savoir un peu plus sur ton travail effectif, et tes véritables préocupations (hors résonnance), ou intérêts dans cette recherche
Et d'abord, et c'est la question qui nous sort peut-être un peu de la science mais nous plonge dans l'humain (même scientifique):
pourquoi une socio-anthropologie d'un laboratoire?
Ou pourquoi un tel domaine de recherche?
Ou quelle est le petite bête qui t'as piqué?
Ou pourquoi pas des sauvages à plumes ou à poils, à la langue barbare (pléo...), et aux us fatigants, mais si plein d'un exotisme sexy?
Avant de demander, peux-tu proposer un billet sur ta recherche, ou faudra-t-il (et Sainte Mère de Dieu je le comprendrais) attendre le mois de septembre?
Bon, j'ai commencé un Blog, mais je pense que le début n'est pas dans le ton récurent... oups, ça m'a échappé.
Puis-je t'inviter à y jeter un oeil?
Ecrit par : Fabien | 17 juin 2006
Certes ! avec joie ! Tu aurais même pû donner une URL.
Et pour le reste, je te répondrai demain. Il est saoul et je suis tard, je suis très tard.
Ecrit par : Dolgo | 17 juin 2006
c'est que je n'ai pas idée... vois-tu celle que re rentre hors-texte?
Dans le doute http://naarjuk.hautetfort.com
y a la même sur blogspot, j'avis essayé les deux, blogspot est beau, mais moi et l'html, il me faudrait peut-être un mois de travail pour comprendre ça.
Et quand tu seras tôt, et qu'il sera sobre, qulques explications sur ce mystérieux intérêt...
Ecrit par : Fabien | 17 juin 2006
Autant pour moi. Ton article, c'est du sérieux. Tu conviendras que ton point de vue est inattendu, voire révolutionnaire.
Ecrit par : Le garde-mots | 17 juin 2006
Me voilà flatté ! Mais je me permets de critiquer trois de tes termes (de façon terriblement constructive):
1- "sérieux" : presque ! Ca ne m'a pas pris beaucoup de ressources d'écrire cet article (que je vais devoir développer); tout au plus cinq heures...
2- "inattendu" : certes ! Mais je n'avais aps le choix puisque c'était la règle du jeu.
3- "Révolutionnaire" : - ) quand même pas !!! En anthropologie, les écrits prennent vite cette forme disons renouvellée, révolutionnaire est peut être un peu fort.
Quoi qu'il en soit, merci!
Ecrit par : Dolgo | 17 juin 2006
Me voilà flatté ! Mais je me permets de critiquer trois de tes termes (de façon terriblement constructive):
1- "sérieux" : presque ! Ca ne m'a pas pris beaucoup de ressources d'écrire cet article (que je vais devoir développer); tout au plus cinq heures...
2- "inattendu" : certes ! Mais je n'avais pas le choix puisque c'était la règle du jeu.
3- "Révolutionnaire" : - ) quand même pas !!! En anthropologie, les écrits prennent vite cette forme disons renouvelée, révolutionnaire est peut être un peu fort.
Quoi qu'il en soit, merci!
Ecrit par : Dolgo | 18 juin 2006
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