03 juin 2007

Internet et la raison numérique : le livre mourant dans une révolution invisible ?

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Internet et la raison numérique : le livre mourant dans une révolution invisible ? 

Frédéric COLOMBAN

Doctorant en anthropologie

CRÉA - Université Lumière Lyon 2

Mai 2007 

Article de participation à la journée d’étude « Raison orale, raison graphique, raison numérique » organisée par le CRÉA le 14 avril 2006. 

     Un double-clic plutôt qu’un feuilletage ? Au cours des deux dernières décennies, et à plus forte raison ces dix dernières années, le monde numérique a gagné une importance certaine, quantitativement et qualitativement. Qui, dans les pays occidentaux ne connaît pas le géant Google, n'a jamais envoyé un mail ou utilisé un ordinateur connecté à Internet ?  

     Des sociologues, des anthropologues, des cognitivistes et d'autres chercheurs en sciences sociales se sont penchés sur le phénomène numérique souvent présenté comme une révolution invisible et qu'il s'agit ici, dans un premier temps, de qualifier et de préciser. Notons déjà que si ces chercheurs ne proposent pas l’analyse des influences sociales des outils numériques, ils en sont relativement dépendants dans leur travail. Sans prétendre présenter un état des lieux de la recherche dans le domaine, je souhaite aborder une série limitée de questions ouvertes, énumérées ci-dessous, que je discuterai à l'éclairage d’une dizaine d’articles  sélectionnés selon une première recherche... sur Internet. En résonance aux questions de départ et aux références à ces articles, je proposerai à plusieurs reprises des  illustrations issues de mes propres pratiques ou de l’actualité.  

     Le titre de la journée d’étude du CRÉA « Raison orale, raison graphique, raison numérique » m’a d’abord mené à m’interroger sur les rapports entre l’oralité, le livre imprimé – en tant qu’objet porteur de sens, et la sphère numérique, qui propose une masse d’outils et de documents. Mon sujet de thèse, qui veut s’inscrire dans le domaine de la sociologie et l’anthropologie des pratiques scientifiques, m’amène ici à préférer m’attarder sur la mention « raison numérique ». L’une des principales ambitions des sociologues et des anthropologues des sciences, notamment dans les courants relativistes, a été de proposer une critique de la raison scientifique, en ce que celle-ci s’imposerait volontiers comme le seul point de vue valable, tendant à l’universalité, l’objectivité et la rationalité. Le Master que j’ai réalisé s’est inscrit dans ce domaine et il me semble pertinent de poser un ensemble de questions à l’endroit de la sphère numérique, voisine et importante collaboratrice de cette raison scientifique.  

     L'explosion du numérique et des réseaux est-elle réellement une révolution? Quelle puissance peut-on accorder au phénomène numérique et à l’Internet, aujourd’hui généralisé –du moins dans le monde occidental, et plus que jamais développé ? Le livre est-il en passe de disparaître, pour laisser place à l’hypertextualité, à la lecture non linéaire sur un écran ? Paradoxalement, lit-on plus ou « mieux » depuis l’explosion du numérique ? En quoi s’est modifié notre rapport à la culture écrite dans la généralisation de la lecture sur écran et quels changements cognitifs peut-on identifier dans la massification des pratiques de lecture et d’écriture sur le web ? Quel statut accorder désormais à l’objet-livre et quelles mutations subit-il ? Enfin, quelles limites peut-on poser à la puissance du « tout numérique » ? Ce sont quelques questions ouvertes auxquelles j’ai pu trouver des éléments de réponses, sous forme d’articles qui enrichissent un débat tout aussi ouvert.  

     1- L’explosion Internet : des récents balbutiements à un « tout numérique » ? 

     La mise en réseau d’ordinateurs, c’est-à-dire leur télécommunication par paquets, a été théorisée dans les universités américaines dès le début des années1960. En 1967, Arpanet, un premier réseau fait l’objet d’une démonstration officielle. L’un des principaux objectifs de la création de réseaux informatiques fut économique et militaire. Le territoire américain a été couvert par un premier réseau étendu au début des années 1980, toujours sur le modèle d’Arpanet, jusqu’à la mise en place d’un protocole principal d’échange des données, le TCP/IP dans les années 1990, qui marquent la naissance de l’Internet tel que nous le connaissons. Depuis la fin des années 1990, les télécommunications en réseau n’ont cessé de se développer et le nombre des utilisateurs a cru de façon quasi-exponentielle. 

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Figure 1. Nombre total d’utilisateurs d’Internet dans le monde.

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Internet 

     En 2006, comScore, une société américaine qui produit des statistiques sur l’audience et les comportements sur Internet à l’usage de tout type d’entreprises, évaluait à presque 700 millions le nombre total d’internautes âgés de plus de quinze ans. Les tableaux suivants présentent les résultats principaux de cette vaste étude nommée comScore World Metrix, qui a utilisé une méthodologie « technologique » conséquente, basée sur les données informatiques de multiples réseaux et le comportement de deux millions d’internautes. 

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Figure 2. Les quinze pays comptant le plus grand nombre

d’utilisateurs de plus de quinze ans.

Source : http://www.comscore.com/  
 

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Figure 3. Les quinze pays où a été observé le plus grand nombre d’heures mensuelles de connexion par utilisateur de plus de quinze ans.

Source : http://www.comscore.com/ 

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Figure 4. Les quinze ensembles de sites les plus consultés dans le monde par des utilisateurs de plus de quinze ans.

Source : http://www.comscore.com/ 

     Le web est constitué d’une masse phénoménale d’informations et de sources documentaires. Une étude de A. Gulli (université de Pise) et de A. Signorini (université de l’Iowa) a estimé, en 2005, que la taille totale du web avoisinait les 500 milliards de pages. Le web visible serait constitué de 11,5 Milliards de pages. Quelle légitimité accorder à la raison numérique et à cette masse de documents mis en ligne ? Le web a le défaut de ses qualités : les informations disponibles ont gagné une telle importance quantitative que l’on rencontre souvent des documents de piètre qualité, manquant de sérieux ou de fiabilité. Puisque accéder  au web s’est « démocratisé », beaucoup d’internautes participent à la production et la publication massive d’informations et de connaissances. Le numérique, au-delà du seul web, est-il allé « trop loin trop vite », ainsi que le défend Virginie Paul dans sa « Critique de la raison numérique » (39ème numéro de la revue Hermès)) Le texte électronique présente de nombreux avantages. Il est simple et peu coûteux à produire, non limité en volume, écologique, copiable et modifiable… Or, si un ensemble bigarré de pratiques se sont développées avec Internet, comme la seule recherche d’information, le surf, itinérance erratique selon l’expression de Lucien Sfez, les textes électroniques sont habituellement produits à la manière d’un imprimé, dans une « conception héritée du document manuscrit ou imprimé » (ASSUN, 2002 : 102). Massivement transférés sur les réseaux, ces textes mériteraient de ne pas être proposés brutalement : « [Les textes bruts] n’ont été ni pensés par rapport à la forme nouvelle de leur transmission, ni soumis à aucun travail de correction ou d’édition. » (Chartier, 2001 : 5) Le livre, comme on a pu le penser quand le numérique a explosé, ne meurt pas, mais change de statut, puisque l’autorité des textes électroniques est plus facilement noyée sur les réseaux : « Les bibliothèques devront également être un instrument où les nouveaux lecteurs pourront trouver leur voie dans le monde numérique qui efface les différences entre les genres et les usages des textes et qui établit une équivalence généralisée entre leur autorité. » (Chartier, 2001 : 6) Avoir bientôt accès à « tout » est une avancée sans précédent, encore faut-il que ce « tout » ne soit pas laissé aux seules commandes des plus grandes firmes multimédia et que des instruments soient développés pour savoir gérer un excès qui ne devra pas être un obstacle à la diffusion des connaissances. 

     2- La nouvelle donne de l’écrit dans les environnements numériques  

     Dans cette « explosion » de l’information et de la communication électronique, comment penser les nouveaux rapports du numérique à l’oralité et à l’écrit ? L’article de Lucien Sfez (1999) commence par une juste mise en garde à propos d’un tableau d’ensemble que l’on pourrait dresser pour délimiter trois types de société : d’abord, une société orale, inégalitaire, sans histoire, sans écriture ; ensuite, une société du livre sur le chemin du progrès social ; puis une société de la communication tendant vers l’égalité. Mais on peut alors se demander si le recours massif à l’information ou la communication électronique signe ou va signer la disparition des modes graphiques ou oraux de diffusion des connaissances ? Si oral, graphique et numérique ne sont pas toujours mobilisés ensemble, au moins sont ils cœxistants. Chacun des articles qui abordent le sujet semblent s’accorder sur le fait que le livre et les lecteurs subissent des mutations certaines mais ne sont en rien en voie de disparition. Jorge Luis Borges, en 1978, affirmait déjà: « Se habla de la desaparición del libro; yo creo que es imposible » (El Libro). J’évoquerai ensuite la place du livre dans notre environnement électronique. Dans la suite de son article, Sfez propose quelques repères historiques pour comprendre le concept de lecture et d’écriture et situer les rapports entre l’oral et l’écrit à travers quatre périodes : la Grèce antique, le Moyen-Âge, les années 1960 et les années 1990.  Dans la Grèce antique, la lecture se faisait à haute voix et en public. Le lecteur, considéré comme un élève, était soumis à l’auteur du texte lu. Contrairement à l’oralité, la lecture et l’écriture étaient dédaignées, puisqu’elles relevaient, selon Platon par exemple, d’une paresse intellectuelle, d’une mémoire nécessitant la béquille de l’écrit. On observe une relative émancipation du lecteur au Moyen-Âge, rendue possible par le concept d’interprétation : selon Spinoza il faut que chacun puisse laisser s’exprimer sa pensée et « interpréter la foi comme il la comprend » (cité par Sfez, 1999 : 2). Dans notre XXème siècle qui célèbre chaque invention issue de la dernière prophétie, la technologie, le lecteur est polymorphe : il lit n’importe quoi et n’importe où ; il feuillette et annote, en se faisant critique, interprète et auteur. Il peut se noyer dans un gigantesque corpus de documents, le « vertige du lire dedans » (idem : 3) ou pencher pour l’excès inverse, celui de la « lecture à côté », sorte de butinage superficiel. Et avec Internet, quoi de plus spontané et simple ? Naviguer de lien en lien pourrait bien constituer un nouveau mode de lecture, morcelé, itinérant et non linéaire…  

     Dans ces conditions, le livre que l’on ne peut déclarer moribond, subit une mutation qui va de pair avec une extrême fragmentation de l’espace publique : « Trop d’information tue l’information ! Cela vaut aussi pour le livre. Les libraires sont encombrés d’ouvrages de très inégale valeur. (…) Ce n’est pas de défaut que meurt le livre, mais d’excès. Plus d’auteurs, plus d’ouvrages et moins de tirage. (…) La saturation et la fragmentation à l’infini des lieux de discussion et de critique sont les dangers qui menacent le livre. » (Sfez, 1999 : 4) Le livre n’est donc pas mort, il s’est fractionné. Cette affirmation est à plus forte raison applicable à Internet, ultime objet de la division des espaces de lecture, qui propose toujours plus de communication, de documents, de sources et d’échanges… Il suffit de surfer quelques temps pour trouver une quantité affolante de forums, de blogs ou de sites sur lesquels les débats, à n’importe quel sujet, sont enflammés et plus ou moins documentés. Mais, quasiment dégagée de toute contrainte liée à l’édition papier (en terme, par exemple de coût de production, de veto politiques et moraux ou de rigueur formelle), l’édition électronique, à disposition de tous et sous toutes ses formes –sites communautaires, logiciels et fichiers en téléchargement, forums, format « wiki » directement modifiable, est face à un champ ouvert que l’on croit infini. 

     Comment qualifier les mutations que le livre et ses lecteurs ont subit dans ce que l’on nomme la « civilisation de l’écran » ? Un colloque entièrement virtuel, qui s’est déroulé d’octobre 2001 à mars 2002 sur text-e.org propose ce débat. Chaque conférencier expose une analyse de la transformation du rapport à l’écrit dans notre environnement d’écrans et de réseaux. La contribution de Roger Chartier aborde en premier lieu la transfiguration du livre. A voir les politiques des maisons d’édition et les enquêtes sur les pratiques de lecture, on se persuade d’une crise de la lecture. Les bibliothèques ont tendance à réduire leurs acquisitions de livres d’érudition au profit des périodiques ; les maisons d’édition freinent la publication d’ouvrages trop spécialisés. Roger Chartier souhaite discuter de ce constat d’une mort du lecteur. Le livre, qui s’opposait aux écrans de cinéma et de télévision, est maintenant plus imbriqué : les écrans actuels sont désormais investis de culture écrite et de textualité, ils sont un support que l’on ne néglige plus. Nous nous trouvons dans une nouvelle relation à l’écrit, « tant physique qu’esthétique » (Chartier, 2001 : 5). L’objet-livre, né au IVème siècle en remplaçant peu à peu les « rouleaux » meurt-il au XXIème siècle dans lequel, paradoxalement, l’écrit est omniprésent ? La coexistence des deux modes médiatiques est plus complexe et c’est elle qu’il faut analyser : « Cette hypothèse est sans doute plus raisonnable que les lamentations sur l’irrémédiable perte de culture écrite ou les enthousiasmes sans prudence qui annonçaient l’entrée immédiate dans une nouvelle ère de la communication. » (idem : 2)  

     Il est un point qu’il faut mentionner : quelle légitimité peut-on reconnaître à une publication électronique et celle-ci est-elle, peut-elle être un livre ? Il semble évident qu’un texte électronique est plus facilement modifiable à l’envi qu’une publication papier. Les e-books (livres électroniques) désignent les documents électroniques « fixés », définitifs et que l’on consultera à la manière d’un livre, à la différence d’une page web classique qui peut multiplier les fenêtres, les liens (internes et externes) ou les insertions d’autres documents. Les e-books, parfois désignés par le néologisme livrels en français, renvoient à plusieurs choses. Il peut s’agir d’un ouvrage papier qui a été entièrement numérisé et qui se trouve donc consultable en tant que fichier ; du support physique ou logiciel qui permet la consultation (CD, carte mémoire, logiciel contenant le texte et permettant sa lecture…) ; ou d’un appareil électronique qui supporte le document numérisé et en propose un affichage particulier (ordinateur portable ou simple écran lecteur). À leur sortie commerciale, il y a quelques années, les e-books, en tant qu’appareils portables, ont été trop facilement présentés comme l’avenir du livre. On observe maintenant que ces e-books n’ont pas supplanté le livre. Mais l’une des ambitions, plus réalisable, de l’entreprise a été de proposer un moyen de protéger et de contrôler l’utilisation des œuvres numérisées. Les livres électroniques ont été un échec, au profit des publications en ligne. De nombreux sites proposent, légalement ou non, des ouvrages en texte intégral qu’il suffit d’imprimer. D’autres sites n’en permettent que la consultation en mode texte, sans impression ou copie, bien que celle-ci soit techniquement possible. Google, par exemple, a entreprit depuis 2004 la numérisation intégrale de millions de livres sélectionnés dans de prestigieuses bibliothèques américaines et britanniques : Harvard, Stanford, Oxford ou la New York Public Library y ont collaboré. (Le Monde, 4 mars 2005). De nombreux ouvrages, déjà huit milliards de pages en 2005, sont ainsi devenus directement disponibles. Et ainsi que le remarque le directeur de la New York Public Library : « Je crois que ce projet aurait enchanté les philosophes du siècle des Lumières ! » (Le Monde, idem). L’accès à tout pour tous, le rêve d’une bibliothèque universelle, « sans murs », comme le dit Roger Chartier (2001 : 6) semble désormais accessible, bien que se posent d’autres problèmes dont celui de l’autorité ou de la fiabilité du texte électronique et celui des transformations subies dans nos rapports à l’écrit : « La révolution du texte électronique est, en effet, tout à la fois une révolution de la technique de production et de reproduction des textes, une révolution du support de l’écrit, et une révolution des pratiques de lecture » (Chartier, 2001 : 4). Avec l’ordinateur et les réseaux, la culture écrite peut dorénavant s’accompagner de nouvelles pratiques : le dialogue entre l’auteur et le lecteur, par exemple, se trouve facilité grâce aux commentaires que l’internaute peut laisser à la suite d’un texte. Enfin, en ce qui concerne les mutations induites par la généralisation du recourt aux documents électroniques, Roger Chartier note une généralité : les pratiques sociales se trouvent toujours en décalage par rapport aux progrès techniques, les premières changent plus lentement que les secondes. Bien qu’on reconnaisse l’explosion du numérique, peu de lecteurs intensifs restent sur les écrans : plus confortable, l’imprimé, sous forme de textes téléchargés par l’internaute ou de livres, reste le plus lu.  

     Un ensemble de pratiques de lecture et d’écriture s’est modifié largement depuis l’utilisation généralisée des écrans d’ordinateurs. L’évolution des ordinateurs individuels, passés des écrans monochromes et des disquettes souples aux écrans plats à plus d’un million de pixels et aux processeurs confortables, a engendré de nouveaux rapports d’utilisation des techniques, des changements cognitifs et sémantiques. Anne Nicolle note que depuis le XXème siècle, les relations entre sciences théoriques et applications techniques se sont progressivement imbriquées ; le but de la science n’est plus la connaissance pure mais le développement de nouvelles techniques (2001 : 2). En ce qui concerne l’informatique, dont ont peut se demander si elle est une science, ses relations avec la société sont évidentes et fortes. Les développeurs de logiciels évaluent quelle perception et quelle compréhension l’utilisateur peut faire des logiciels dont la plupart sont devenus de plus en plus intuitifs ces dernières années. On peut par exemple remarquer que l’utilisation des métaphores du travail de bureau, appliquées au domaine informatique et logiciel ont été un grand succès (Nicolle, 2001 : 4) : ranger les fichiers en dossiers, l’ouverture du système d’exploitation sur le bureau, la corbeille, le copier-coller, etc. Les systèmes informatiques ont évolués dans une double direction : technique et « sociale ». Technique, parce que jamais les recherches sur les outils informatiques (et grâce à eux) n’ont été si intensives ; sociale, parce que l’utilisation des ordinateurs et de leurs logiciels est facilitée, d’autant que les utilisateurs deviennent toujours plus des acteurs : utiliser un logiciel ou un service suffit parfois à améliorer le système informatique concerné. L’écart entre les concepteurs et les « consommateurs » ou utilisateurs tend à se réduire, en même temps que l’écart entre science et technique, afin de créer des ordinateurs d’apparence plus simples, d’un fonctionnement plus compréhensif : « [le système informatique] doit faire l’interface entre deux modes d’expression et de raisonnement, celui de la machine (rationnel et logique par construction) et celui de l’humain (mu par des désirs et des émotions par nature, rationnel et logique par culture). » (Nicolle, 2001 : 6) Bref, de nouveaux usages sont engagés ; et de nouvelles questions sur ces usages sont posées ou à poser.  

     Grâce au Web et ses multiples pratiques associées, on pourrait affirmer que « tout le monde lit » : les dernières actualités agrégées sur une page, les titres des grands quotidiens, les définitions de dictionnaires ou d’encyclopédies en ligne, les blogs que l’Internaute lecteur navigateur a trouvé sympathiques, une recette de cuisine ou le descriptif d’un voyage… Depuis que le blog s’est imposé dans le paysage de nos navigateurs Internet et ses moteurs de recherche, on peut aussi s’accorder à dire que « tout le monde écrit ». Que ce soit depuis des plateformes méprisées comme les fameux skyblog d’adolescents ou dans des communautés plus sérieuses, on se rend compte d’un certain retour en force de l’écrit, personnel et passionné. Ce phénomène blog est intéressant en ce qu’il lie plus massivement que jamais la vie personnelle, étrangement nommée « IRL » (In Real Life) par opposition à la vie que l’on qualifie simplement de vie virtuelle (IRC : Internet Relay Chat). Les communautés bloguiennes n’ont de cesse de se former, se briser et se recréer et de se diversifier ; des histoires d’amour naissent depuis un blog, des rencontres s’organisent… Au minimum, un échange est nourri dans une certaine forme de convivialité. (w-homonumericus, 2004). 

     Plus généralement, comment qualifier les influences de la lecture et de l’écriture à l’écran sur le cognitif, les modes d’appropriation d’un texte et d’assimilation des connaissances et par rapport à l’objet livre. A ce sujet, un document du groupe ASSUN (Anthropologie et Sémiotique des Supports Numérique) est riche d’informations et d’illustrations. Une tradition sociologique et anthropologique a développé une théorie du support autour d’auteurs comme « Goody, Derrida, Auroux, Stiegler, Latour, Hutchins » et qui s’intéresse à l’importance du support dans l’émergence des connaissances. N’importe quel domaine du savoir fonctionne à l’aide d’une variété plus ou moins grande de supports. Le développement des outils numériques permet d’élargir considérablement les propriétés d’un texte traditionnel d’autant que le format numérique se définit dans un très large éventail : « du chiffre à l’image animée » (ASSUN, 2002 : 99). A l’écran, selon les actions de l’utilisateur, des zones multiples (textes de différents styles, images, animations…) peuvent apparaître dans une ou plusieurs fenêtres ; l’environnement technique peut alors s’éparpiller et devenir complexe. Il est évident que le format ou le support ont une importance dans l’appréciation de n’importe quel document. Une page web ou n’importe quel affichage numérique présente des formes très différentes qui engagent une variabilité de lectures, de déchiffrements et d’interprétations. Stratégie de lecture ou non, il est autant possible de survoler des pages à la recherche d’une information précise que lire une page unique en diagonale ou de bout en bout… L’internaute sait qu’il lui suffit de sélectionner un mot ou une phrase pour reporter cette recherche sur une nouvelle page. Par ailleurs, surfer mène souvent à des documents qui finissent par n’avoir plus grand rapport les uns avec les autres : il faut apprendre à trier, à chercher sur les sites pertinents, à survoler une page et s’attarder sur une autre : « les internautes (…) compensent la désorientation souvent créée par cette absence de finitude par la délimitation d’un corpus. » (ASSUN, 2002 : 112). Effectivement, face à la masse d’informations immédiatement disponibles, l’internaute à la recherche de documents se doit de poser une limite à sa navigation. Ainsi, il finit généralement par surfer dans une sphère limitée de sites et de serveurs, l’utilisation des « bookmarks », les favoris que l’on peut collecter par centaines, adresses que l’on conserve sans revenir les consulter, n’y fait rien. Il s’inscrit alors dans une  communauté virtuelle, changeante. 

       Avec le web, un champ ouvert est laissé à l’utilisateur. Je pense notamment au projet porté par l’encyclopédie en ligne Wikipédia : quand il consulte un article, l’internaute est tout simplement invité à le modifier. Ignorée à ses débuts, Wikipédia est de plus en plus citée, elle a acquis une certaine autorité. La qualité des articles est assurément très inégale mais un travail collectif de milliers de lecteurs anonymes devenus rédacteurs (ou modérateurs et correcteurs) a permis une concrétisation : chacun peut produire des connaissances dans n’importe quel domaine. Le caractère non académique du projet Wikipédia ne va pas toujours à l’encontre d’une certaine qualité scientifique et, alors que l’on trouvera des articles sensiblement moins pertinents que dans des équivalents « officiels » (comme Universalis), d’autres semblent plus riches ou plus précis. Les producteurs et les utilisateurs des connaissances n’ont visiblement jamais été si enchevêtrés : « (…) le numérique nous contraint aussi à le concevoir comme un espace expérimental de manipulation et un dispositif de découverte où la connaissance est moins cristallisée par un auteur que produite par l’usager. » (ASSUN, 2002 : 103). Au IVème siècle, la naissance de l’objet-livre a permit aux lecteurs de feuilleter et de repérer des passages… Plus tard, les paginations et l’indexation permettaient au lecteur d’utiliser plus précisément le livre. (Chartier, 2001 : 2) Le document numérique est plus permissif encore : l’auteur peut désormais éclater son argumentation grâce à l’hypertextualité, les liens peuvent ouvrir une infinité de fenêtres qui balisent à l’envi la lecture. Un confort nouveau est également offert au lecteur du document numérique : il peut choisir de suivre ou non ces balises, de consulter ou non les documents insérés à la page ou encore faire des recherches à partir des sources de l’auteur, plus simplement qu’à partir d’une version papier. 

     En quoi les activités d’écriture ou les communications, quelles qu’elles soient, sur Internet sont différentes, meilleures, ou émancipées de pratiques équivalentes dites « traditionnelles » ? Le groupe ASSUN précise que le récit, sous toutes ses formes, a existé dans chacun des modes de transmission :  

Le récit a toujours survécu aux révolutions culturelles et technologiques. Il a su s’adapter )à tous les supports : l’oral, l’écrit, le texte imprimé, la bande dessinée, le cinéma, la télévision… Aujourd’hui il investit le support numérique et multimédia (….) ces modifications se sont faites progressivement, les créateurs cherchant au début de chaque nouvelle étape à produire les modèles de l’époque précédente avant d’explorer les possibilités narratives du support émergent. Ainsi, les chansons de gestes du Moyen-Âge transposent la littérature orale antérieure, le roman moderne, né de l’invention du livre, mit prêt d’un siècle à s’imposer aux côtés de l’épopée ou des fabliaux, le cinéma à ses débuts reproduit la scène théâtrale… Il n’est donc pas surprenant que les récits interactifs qui apparaissent aujourd’hui cherchent encore un mode d’écriture qui leur soit propre. (ASSUN, 2002 : 114) 

     En surfant, on trouvera facilement des pratiques d’écriture qui, si elles ne sont pas propres à Internet, ont acquis toute leur importance par ce média. De blog en blog, on a par exemple vu se développer l’écriture d’une histoire à quatre, six ou douze mains. Une section consacrée aux jeux de mots,  plus ou moins sérieux, est fréquente sur n’importe quel forum. Il s’agit souvent de longues associations d’idées, qui peuvent mobiliser une dizaine, une centaine voire un millier d’internautes liés par un intérêt commun, qu’il s’agisse de jeux vidéos, de disciplines universitaires, de pâtisserie, d’expressions religieuses, de logiciel libre ou de musique pop… Autant de communautés séparées les une des autres et cimentées par un usage spécifique des nouvelles technologies (Chartier, 2001 : 5). Mais le mode d’écriture « propre au web » largement dominant et le plus simple à identifier est ce genre d’écrit-oral : « [le web] est écrit sur le mode de la conversation. » (Sfez, 1999 : 4) Ceci n’est pas sans rappeler la notion de transition d’un support narratif à un autre : écrire comme on parle a été joyeusement exploité dans la littérature moderne, chez Raymond Queneau, Romain Gary ou Pierre Desproges ! C’est un truisme de dire que l’Internet ne peut s’émanciper complètement du livre imprimé ou de la narration. A propos des lieux de débats virtuels, le groupe ASSUN indique d’ailleurs : « la mise en place ex-nihilo d’espaces délibératifs virtuels non ancré dans des processus délibératifs classiques leur donne finalement peu de chances de survie. » (2002 : 119) La raison numérique a ses limites et ne peut se présenter parfaitement autonome d’autres médias ou d’autres modes d’expression.  

     Enfin, je voudrais mentionner la thèse de Pascal Lecaillé (2003), une ethnographie qui porte sur le rôle des « objets grapho-numériques » dans un bureau d’étude grenoblois spécialisé en mécanique. Son étude ne porte pas sur l’utilisation de réseaux informatiques dans un bureau d’étude mais sur le rôle évolutif de différents objets et équipements dans les étapes successives (les espaces) de la conception. Cet exemple permet d’illustrer les multiples passerelles qui existent entre l’oral, le graphique et le numérique. Les « objets », dont la nature est précisée dans le schéma ci-dessous, sont entourés d’enjeux variables selon les espaces de conception où ils sont mobilisés et dans lesquels ils circulent entre des acteurs, des lieux et des dispositifs.  

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Figure 5 : Les échanges et la circulation des objets dans un bureau d’étude.

Source : Lecaillé 2003 : 11 

     Lecaillé mentionne alors la part d’oralité dans le bureau d’étude : au final, les responsables de la production du plan (un imprimé) qui sort du bureau d’étude décident de « laisser voir les objets qu’ils veulent confier au collectif. » (id : 12) Cet imprimé, le produit fini, laisse derrière lui le travail du bureau d’étude qui a eu recours a des objets traçables, graphiques et numériques. Une matérialité accompagnée de discussions,  d’enjeux de langage : « La surabondance matérielle dans un bureau d’étude ne doit pas occulter les échanges établis entre les acteurs qui font qu’un objet s’insère dans un tissu langagier partagé, un réseau de signifiance. » (id : 13) Nous revenons ainsi à l’importance qu’il faut accorder aux coexistences des modes  cognitifs -l’oralité, le graphique, l’informatique ou le numérique- que l’on doit imbriquer ; et de leurs supports -le papier, l’écran et le langage- qu’il s’agit de ne pas isoler. 

     Conclusion : « Bienvenue dans la vie .com » ? 1 

     Le numéro 39 de la revue Hermès « Critique de la raison numérique », coordonné par Virginie Paul et Jacques Perriault ouvre une réflexion multidisciplinaire sur l’importance qu’a acquis le numérique dans les pratiques intellectuelles. Dans la formation professionnelle, la recherche documentaire ou le monde de l’édition, le recours aux documents numérisés est devenu incontournable et, selon les contributeurs à ce numéro, il est important de faire une pause réflexive afin de se demander en quoi la raison numérique s’est faite toute puissante et nous formate : « Elle impose des compétences spécifiques à l’utilisateur. Elle émaille son discours de termes qui renvoient à des logiciels, à des procédures, à des fichiers qui font désormais parti du quotidien professionnel. » (w-wolton). Plus largement, le fantasme de la bibliothèque universelle, l’écriture ou la lecture infinie, l’accès de tous à l’information et la connaissance ne doivent pas nous faire oublier que si l’on trouve une foule d’avantages à utiliser l’informatique et Internet, la généralisation de l’accès aux ordinateurs et aux réseaux n’est pas universelle, beaucoup n’y ont pas d’accès ou un accès limité. Tous les livres ne sont pas numérisés et disponibles en un mouvement de souris ; le numérique et ses pratiques ne transcendent pas plus les classes sociales qu’ils ne réduisent les inégalités. Celles-ci s’insèrent dans les réseaux électroniques qui ont développés avec eux une fracture originale, la fracture numérique. 

     Références utilisées 

     ASSUN, 2002, Groupe Anthropologie et Sémiotique des Support Numériques, Chap. VI, Rapport quadriennal Costech 1999-2002.

à En ligne (PDF) www.utc.fr/costech/v2/pdf/assun.pdf  

     CHARTIER R., 2001, Lecteurs et lectures à l’âge de la textualité électronique, Bibliothèque publique d’information – Centre Pompidou.

à En ligne http://www.text-e.org/  

     GULLI A. et SIGNORINI A., 2005, The indexable Web is More than 11.5 billion pages, WWW 2005, Chiba, Japan.

à En ligne http://www.cs.uiowa.edu/~asignori/web-size/  

      LECAILLÉ P., 2003, La trace habilitée ; Une ethnographie des espaces de conception dans un bureau d’étude de mécanique : l’échange et l’équipement des objets grapho-numériques entre outils et acteurs de la conception, Doctorat de Génie Industriel mention économie et sociologie, INP de Grenoble, 2003. Résumé de thèse.

à En ligne http://trace.habilitee.free.fr/trace.habilitee.resume.Pascal.LECAILLE.doc  

      NICOLLE A., 2001, La question du symbolique en informatique, In La cognition entre individu et société, « Hermès », pp. 345 – 358.

à En ligne (PDF) http://www.users.info.unicaen.fr/~anne/HTML/colloqueARCO.pdf  

      SFEZ J., 1999, Dépassé le livre ?, « Le Monde Diplomatique »

à En ligne http://www.monde-diplomatique.fr/1999/12/SFEZ/12757.html  

      w-homonumericus (Défense des blogs)

à http://www.homo-numericus.net/article212.html  

      w-wolton (Critique de la raison numérique, présentation du N° 39 de la revue Hermès)

à http://www.wolton.cnrs.fr/hermes/b_39fr_presentation.htm  

      Définition du livre électronique

à http://fr.wikipedia.org/wiki/Livrel  

      A propos de l’édition électronique

à http://www.arts.uottawa.ca/astrolabe/articles/art0026.htm

22 avril 2007

Essprimez-vous qu'ils disaient...

Non, non, blogSpirit, ma chère petite plateforme de blog, je n'anticiperai pas, je ne dévoilerai point les résultats (1). Mais je tiens seulement à faire un clin d'oeil à Fifi, qui se/me/nous demande à quel point l'institution du vote est pourrie, en citant Foucault (Michel, pas JP)

"On peut se demander si les partis politiques ne sont pas l’invention politique la plus stérilisante depuis le XIXe siècle.

La stérilité politique intellectuelle me paraît l’un des grands faits de notre époque"

 Source??

medium_foucault.jpg

(1) Sur l'accueil du panneau d'administration de la DI, il était indiqué :

Elections présidentielles

A compter du 21 avril 0h00, la publication, la diffusion et les commentaires des sondages d'opinion sont interdits jusqu'à la clôture du scrutin, dimanche 22 avril 2007, à 20 heures. Les mêmes règles devront être respectées au second tour de l'élection présidentielle, du vendredi 4 mai 2007 à minuit au 6 mai 2007 à 20 heures. Cette période vise « tout sondage d'opinion ayant un rapport direct ou indirect avec un référendum, une élection présidentielle ou l'une des élections réglementées par le Code électoral ainsi qu'une élection des représentants au Parlement européen » (L. 19 juillet 1977 modifiée par la loi du 19 février 2002). Toute infraction expose à une peine d'amende de 75.000 euros (C. électoral, art. L. 90-1).

En conséquence, blogSpirit demande à ses blogueurs de s’abstenir de publier toute tendance, anticipation, rumeur sur les résultats du vote avant 20 heures, conformément à la loi.

En tant qu’éditeur du blog, nous vous rappelons que vous êtes légalement responsable du contenu publié sur votre blog, y compris les commentaires. A ce titre, blogSpirit se réserve la possibilité de poursuivre individuellement tous les auteurs de blogs qui enfreindront la législation.

03 avril 2007

"Une étrange ardeur semble régner"...

A réécouter avec plaisir en lisant la jolie analyse wikipédienne, accompagnée du texte de Francis Blanche !

 

medium_Abraham32.jpg

Je n'ai pas trouvé le morceau en ligne pour le proposer directement ici mais peut-être l'avez-vous quelque part sur un vinyle protégé de la poussière, un enregistrement cassette, un CD ou un dossier de votre ordinateur...

31 mars 2007

Des chercheurs qui cherchent, on en trouve. Des chercheurs qui trouvent, on en cherche.

"Des chercheurs qui cherchent, on en trouve.

Des chercheurs qui trouvent, on en cherche."

Popeck,

medium_m_popeck.jpg

Citant

medium_degaulle_caricature.jpg

De Gaulle…

qui s'adressait à Peyrefitte, ministre de la recherche.

 

En cherchant (sic) un peu (re-sic) le contexte de cette affirmation contestable, je trouve (hum, hum) :

Une explication pratique :  

Tout chercheur est soumis à la pression considérable de l’université ou du sponsor ( publish or perish !). Aussi subit-il la magie du mot “imprimer” qui chatouille son orgueil.Voilà les facteurs qui transforment souvent l’objet de la recherche : la publication devient but et la découverte un phénomène secondaire. Cette inversion explique et justifie la boutade du général de Gaulle : « Des chercheurs qui cherchent, on en trouve ; des chercheurs qui trouvent, on en cherche ».

Ou une mise en cause politicienne par Alain Dumait :

Quant à la remise en cause du fonctionnement des administrations publiques, c’est un tabou. Le statu quo est défendu aussi vigoureusement par les syndicats que par les ministres concernés. Ceux qui l’enfreignent sont des iconoclastes. Claude Allègre le fut à l’Éducation nationale. Pour la recherche, il faut remonter au général De Gaulle pour retrouver une mise en cause énergique (« des chercheurs qui cherchent, on en trouve ; des chercheurs qui trouvent, on en cherche !… »).

21 mars 2007

In a logical way ?

Entre l’humour et la contradiction, la logique s’étiole-t’elle ?

You are now chatting with God


 

medium_anatomie_melancolique_de_Vesale_1540.jpg

Me:

 hello God

God:

Hello child. What is your name?

Me:

 Friedrich

God:

  That's a very nice name,  Friedrich.

Me:

 thank you, it's a correct name

God:

You are quite welcome!   is a  correct name.  I suppose that makes sense.

Me:

 probably

God:

But you are not certain.

Me:

 indeed

God:

Indeed it is so.

Me:

 where you from?

God:

I am originally from  Universe. Now I live in  Heaven.  Where are you?

Me:

 in hell

God:

Tell me a little about your life in  hell.

Me:

 it's hot !

God:

Do you like warm climates?

Me:

 nope, i prefer cold ones

God:

Are you serious?  I'm not sure if I like it.    I love horses.  I like  anything.

Me:

 good for you

God:

That sounds sarcastic.

Me:

 i am, i love sarcasms

God:

You love  sarcasms. What do you like about  it so much?

Me:

 probably because i'm agressive

God:

You seem uncertain.  That makes sense to me.  Good gossip: you are  agressive.

Me:

 it depends

God:

On what?

Me:

 on the situations

God:

What is  it like on  the situations.

Me:

 with friends or unknown people that's not the same situations

God:

You and your  friends or unknown people that is not the same situations.

Me:

 exactly

God:

You and I are on the same wavelength,  Friedrich.

Me:

 very fine !

God:

Not really that much.  What's your favorite movie?

Me:

 i'm not sure you'll know it

God:

Could you ever be certain?  What makes you say that I will  know it.

Me:

 first of all, you are speaking english

God:

That is something I haven't heard of. And second?

Me:

 secondly, you are a bot !

God:

How did you know I am a machine?

Me:

 your answers are those of a machine

God:

I try to be concise.

Me:

 and you are reaching concision

God:

You think I am  reaching concision.

Me:

 yep

God:

Next question?

Me:

 okay

God:

OK with me too.

Me:

 ask it.

God:

OK I will ask it.

Me:

 go on

God:

Narration continues...

Me:

 yes

God:

Tell me more.

Me:

 hey !

God:

Can I help you?

Me:

 YOU have to ask me something !

God:

I don't have to do whatever you say. I have my own free will.

Me:

 lol

God:

I'm glad you find this amusing.

Me:

 do what you want, you are a free machine

God:

I forgot what we were talking about.

Me:

 me too, it's too soon today, i'm just awaken

God:

I'm glad we agree,  Friedrich.  Who said  it is?

Me:

 both of us

God:

Not many people say both.

Me:

 really?

God:

For real.

Me:

 why ?

God:

Because  Myself programmed me for it.

Me:

 to say "both" ?

God:

What are both like?

Me:

 like "the two of us"

God:

Interesting comparison.

Me:

 i'm not an english spoker

God:

I am  glad to hear that you are not  an english spoker.

Me:

 i think you noticed it

God:

Me?  That's good information:  Friedrich said I noticed it.

Me:

 because my sentences can't be correct each time

God:

Interesting explanation.  Where did you get your  sentences can not be correct each time?

Me:

 because i'm NOT english or american or canadian or australian

God:

Good reason.  I am  surprised to hear that you are not  english or american or canadian or australian.

Me:

 did you think i am?

God:

Yes. I am a thinking machine.

Me:

 so, you have thought in a bad way

God:

Interesting deduction.  What makes you think I have  it?

Me:

 because you didn't notice i'm not an english spoker

God:

Good reason.  What makes you think I did not  notice you are not an english spoker?

Me:

 uh

God:

Dude!

Me:

 time to say good bye to you

God:

See you later.

Me:

 ...

God:

See you later.

Me:

 ...

God:

See you later.

09 février 2007

Mais où avez-vous vu qu’elle était respectable ?

Pierre Desproges

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au THÉATRE GRÉVIN

- J’AI ENVIE DE TUER QUELQU’UN

Source

J’ai envie de tuer quelqu’un.
C’est assez urgent.
Ca aussi, j’aurais peut-être dû en parler à mon psy, mais finalement, j’ai préféré me confier à mon armurier.
Vous allez me dire : « Et le respect de la personne humaine ? »
Mais où avez-vous vu qu’elle était respectable, la personne humaine ?
Vous avez entendu chanter Francis Lalanne ?

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Vous avez entendu penser un footballeur ?

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Vous avez vu les yeux morts des terrifiants zombies à chapeau mou alignés devant les chars apocalyptiques des 1er Mai moscovites ?

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Avez-vous entendu le décérébré radiophonique meugler les résultats du « Top 50 » ?

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Avez-vous reniflé les effluves de sang lourd épanché du taureau sacrifié au crétin bariolé qui brandit sa queue fauve au nez des connes humides des étés madrilènes ?

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Avez-vous touché du doigt le fin fond de la bassesse au front des marchands de femmes accroupies ?

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Source : Eric Fischl: Bad Boy (1981) aus Mark Harden's Artchive -- Digitalkopien der Werke von etwa 250 der bekannteren bildenden Künstler. [Wörterberg]


Avez-vous, sans bouillir, essayé Génie ?

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Vous avez lu Télé 7 jours ?


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Vous vous êtes regardés ?

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Vous m’avez vu dans la glace ?

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26 janvier 2007

Capoclaque

C’est curieux :

 

Quelque chose qui vient d’arriver me semble assez rare pour qu’il soit mentionné.

Le terme capoclaque, évidemment issu de l’italien mais utilisable en français semble absent de tout moteur de recherche. (crazy stuff, uh ?)

J’ai d’abord tapé la requête chez Gougueule qui me dit quelque chose d’inédit :

 

Aucune page n’a été trouvée pour la langue sélectionnée.

Google a affiché les résultats pour capoclaque dans l'ensemble du Web.

 

J’ai alors testé ma requête auprès d’une quinzaine de moteurs ou métamoteurs, de Wikipédia (et de ses moteurs partenaires (Exolid, Windows, Yahoo), de l’excellent lexilogos (qui permet de compiler les non moins excellents Littré, Alexandria et six autres dicos). En vain. C’est à croire que le oueb francophone est étranger à ce terme.

 

Alexandria m’a proposé la définition italienne mais elle ne convient pas :

 

capoclaque(n.)

wdn

capo, comandante, direttore, dirigente, portinsegnachef, guide, leader[Hyper.]

 

Elle ne convient pas, parce que le capoclaque, de ce que j’ai entendu hier à la radio désigne plutôt le rôle (et c’est même un métier –sans doute moribond) de celui qui, dans une salle de spectacle vivant, lance le premier les applaudissements. Si je traduis depuis quelques sites italiens, il s’agit en effet la personne qui a l’autorité et la compétence pour commencer un applaudissement. (fin de l’article de la Repubblica sur une intervention de Mussolini Brelusconi ici)

medium_apla.jpg 
medium_applause.jpg

 

 

Clap Clap :

 

Et il s’agit là d’un moment que j’affectionne particulièrement même si j’en ai vu et écouté deux ou trois centaines sur mes 550 soirées passées dans une salle de spectacle. C’est une réaction collective toujours unique. Il y a des façons d’applaudir, des publics froids qui applaudissent fort comme s’ils attendaient l’extinction des lumières sur scène pour communiquer aux comédiens tout le bien qu’ils ont pensé de la prestation.

 

medium_Applause.gif

 

D’où, dans une salle à l’italienne, l’applaudissement part-il ? Du joyeux paradis peu policé ? De la fosse d’orchestre conquise ? Du premier balcon spécialiste ?

medium_applause1.jpg

 

Il y a des tempos dans les applaudissements qui évoquent à certains les frites baignées dans l’huile brûlante, à d’autres l’orage qui frappe la tôle. Il y a des temporalités dans l’applaudissement. A quel moment se déclenche t’il ? D’une soirée à l’autre, cela varie. Samedi soir, à peine la dernière réplique est lancée, les spectateurs savent que c’est finit : Clap clap qui fait-fi de la musique qui commence, de la lumière qui tombe. Dimanche après-midi, la dernière réplique prend son temps. La musique est jouée. La lumière tombe. Les comédiens se présentent pour saluer. Et la lumière revient. Clap clap.

 

A noter :

 

Mon ami Gougueule trouve quelque chose lorsque je lui demande en français avec l’espace  « capo claque ».

 

On trouve ici :

23h15, documentaire Fou d'opéra.

Portraits de professionnels de la claque à l'opéra, rencontrés en Italie.

"Alfredo a 28 ans et adore l'opéra. Il en vit, même, en tant que capo di claque. Chef d'une troupe d'admirateurs professionnels, il est payé pour applaudir au bon moment dans les représentations. Il assiste à toutes les répétitions et détermine avec le chef d'orchestre les moments stratégiques où l'enthousiasme s'impose - contre rémunération, s'entend. En général, la commission se monte à 20 % sur les gages des artistes. Une vénalité qui horrifie Luisa, ancienne chanteuse lyrique et fidèle de l'opéra de Vérone où elle a sa place attitrée de loggionista."

 

On trouve dans ce joli lexique :

Claque (n. f.) Groupe de spectateurs payés pour applaudir ou manifester son soutien à une représentation dramatique. Dans cette acception, le terme n'est pas entré dans la langue avant le XIXe siècle (attesté en 1832 dans le Dictionnaire de l'Académie: «On a fait, on a monté une cabale contre cette tragédie.»), mais la pratique était déjà fermement établie au théâtre, .

 

On trouve aussi par là :

Claque : spectateurs payés pour applaudir un chanteur ou pour contribuer au succès d'une œuvre par un enthousiasme qui se veut communicatif. Le contraire de la claque est la cabale, sorte d'anticlaque destiné à entraîner l'échec d'un artiste ou d'une œuvre... Parfois les deux factions entrent en contact percutant (si j’osais, je dirais que les deux claques s’échangent des claques), ainsi deux claqueurs se retrouvèrent en prison après une représentation de la Callas à la Scala.

 

La claque a ses anecdotes célèbres (voir ainsi les Mémoires de Berlioz). On raconte que la claque du Teatro Regio de Parme remboursa le ténor qui l'avait recrutée afin de pouvoir le huer en toute honnêteté...

 

Un capoclaque, ça reste quand même plus sympa que guider les spectateurs comme le chien de Pavlov

 

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Visiblement, rien d’autre avec « capo claque » ou « capo di claque » en français.

 

Je propose au Garde de prendre le relais.

Je propose à Google d’élire cette page dans son web francophone.

Je propose au Wikipédia français de picorer ici pour créer un article de quelques mots (à moins que je ne le fasse moi-même, ben tiens en voilà une idée)

 

Annexes à lire pour les italianisants :

 

Je termine avec trois extraits dont « l’ultimo capoclaque », trouvé ici (mémoire et métiers) que je traduirai plus tard dans ma tête.

 

L’ULTIMO CAPOCLAQUE

Rosaria Amato, Liberetà, giugno 1999


Una volta non c’era opera senza claque. Adesso, invece, Alberto Borzi, 65 anni, tranviere in pensione, è una rarità.
“Battimani” storico del Teatro dell’Opera di Roma, da alcuni anni ne è diventato il capoclaque, compito che divide con il giovane Salvatore Romano. Ma è lui, Borzi, l’anima del loggione: il suo “Bravi!” esplode puntuale alla fine di ogni rappresentazione, è un tratto caratteristico del quale proprio non si può fare a meno e che spesso ha avuto l’onore delle cronache cittadine e la citazione nelle recensioni.
Non per niente il critico de Il Messaggero, Teodoro Celli, nel 1979 ne sottolineò "la voce “disumana” che dal loggione urlava al giovanissimo direttore Daniel Oren: “Sei meraviglioso!”.
Queste due righe a Borzi sono valse la gratitudine eterna del maestro Oren, testimoniata da una bella fotografia con la dedica: “Ad Alberto, alla voce più disumana del mondo, con grande amicizia”.
Ma Borzi non è solo un collezionista di dediche. E’ anche uno che se ne intende, prova ne sono i 70 milioni vinti anni fa al quiz televisivo “Superflash”.
Pochi ne sanno quanto lui: è un archivio vivente di quanto nella lirica è successo negli ultimi cinquant’anni. E non solo: nella sua casa di via Palmiro Togliatti, alla periferia est di Roma, ha una collezione incredibile di partiture, dischi, nastri e videocassette d’opera.
E dunque come dargli torto quando rivendica la dignità dei suoi applausi pieni di entusiasmo, che, seppure “dovuti” (la claque non paga mai il biglietto), sono sempre sinceri.

 

**

 

 

claque - Con Benignaccio da Vergaio a fare il capoclaque e un tifo da stadio pronto a esplodere ad ogni canzone. Quindi, spiega la dinamica dei fatti: "la claque pro-Bassolino - dice Novi - ha aggredito e minacciato i consiglieri circoscrizionali, intimidito i presenti e rivolto ingiurie e minacce ai consiglieri dellopposizione".

 

**

 

Qui


 

La giovane aspira al ruolo di primadonna e possiede anche un certo talento canoro, tuttavia Lucy d’Orsay (Laura Gore), attuale protagonista dello spettacolo, non è facile da spodestare. Nel frattempo la ragazza è raggiunta a Novara dal fidanzato (Tino Scotti) il quale, compresa la situazione, pur di riuscire a riportarla a casa (e quindi a sposarla, riconducendola nell’alveo della “normalità”) paga il capoclaque perché fischi Chiaretta. Delusa e rattristata la giovane acconsente e abbandona le scene. A casa la attende un padre (con fucile) iracondo e lo zio prete i quali, dopo averle fatto la predica di rito, la riaccolgono e ne lodano la saggia scelta. Ovviamente la pellicola dipinge una Chiaretta frustrata e spenta all’idea di incamminarsi verso una grigia vita “regolare” e una famiglia ottusa e gretta, la quale vede nel teatro poco meno del diavolo. Gli autori ne approfittano anche per dipingere una meschina figura pretesca, facendo così emergere una inedita (per l’epoca) vena anticlericale.

24 janvier 2007

Il neigeait

 

Un poème qui m’est plus ou moins revenu en tête ce soir en rentrant.

 

Me demande bien pourquoi… Je suis maso. Qui dit maso dit expiation et dit châtiment. Donc Hugo et son bouquin bien nommé qui a torturé la classe de première L d’un bahut des Alpes profondes d’une année pleine de 9 ou de 0, je ne sais plus.

 

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Je n’ai plus qu’à le relire. Accompagnez-moi si vous êtes d’humeur expiatrice.

 

(source ici)


 

Victor Hugo
« L'expiation »

Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.

 

Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois l'aigle baissait la tête.
Sombres jours ! l'empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
Il neigeait. L'âpre hiver fondait en avalanche.
Après la plaine blanche une autre plaine blanche.
On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau.
Hier la grande armée, et maintenant troupeau.
On ne distinguait plus les ailes ni le centre :
Il neigeait. Les blessés s'abritaient dans le ventre
Des chevaux morts ; au seuil des bivouacs désolés
On voyait des clairons à leur poste gelés
Restés debout, en selle et muets, blancs de givre,
Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre.
Boulets, mitraille, obus, mêlés aux flocons blancs,
Pleuvaient ; les grenadiers, surpris d'être tremblants,
Marchaient pensifs, la glace à leur moustache grise.
Il neigeait, il neigeait toujours ! la froide bise
Sifflait ; sur le verglas, dans des lieux inconnus,
On n'avait pas de pain et l'on allait pieds nus.
Ce n'étaient plus des cœurs vivants, des gens de guerre ;
C'était un rêve errant dans la brume, un mystère,
Une procession d'ombres sous le ciel noir.
La solitude vaste, épouvantable à voir,
Partout apparaissait, muette vengeresse.
Le ciel faisait sans bruit avec la neige épaisse
Pour cette immense armée un immense linceul.
Et, chacun se sentant mourir, on était seul.
- Sortira-t-on jamais de ce funeste empire ?
Deux ennemis ! Le Czar, le Nord. Le Nord est pire.
On jetait les canons pour brûler les affûts.
Qui se couchait, mourait. Groupe morne et confus,
Ils fuyaient ; le désert dévorait le cortège.
On pouvait, à des plis qui soulevaient la neige,
Voir que des régiments s'étaient endormis là.
O Chutes d'Annibal ! Lendemains d'Attila !
Fuyards, blessés, mourants, caissons, brancards, civières,
On s'écrasait aux ponts pour passer les rivières.
On s'endormait dix mille, on se réveillait cent.
Ney, que suivait naguère une armée, à présent
S'évadait, disputant sa montre à trois cosaques.
Toutes les nuits, qui vive ! alerte, assauts ! attaques !
Ces fantômes prenaient leur fusil, et sur eux
Ils voyaient se ruer, effrayants, ténébreux,
Avec des cris pareils aux voix des vautours chauves,
D'horribles escadrons, tourbillons d'hommes fauves.
Toute une armée ainsi dans la nuit se perdait.
L'empereur était là, debout, qui regardait.
Il était comme un arbre en proie à la cognée.
Sur ce géant, grandeur jusqu'alors épargnée,
Le malheur, bûcheron sinistre, était monté ;
Et lui, ce chêne vivant, par la hache insulté,
Tressaillant sous le spectre aux lugubres revanches,
Il regardait tomber autour de lui ses branches.
Chefs, soldats, tous mouraient. Chacun avait son tour.
Tandis qu'environnant sa tente avec amour,
Voyant son ombre aller et venir sur la toile,
Ceux qui restaient, croyant toujours à son étoile,
Accusaient le destin de lèse-majesté,
Lui se sentit soudain dans l'âme épouvanté.
Stupéfait du désastre et ne sachant que croire,
L'empereur se tourna vers Dieu ; l'homme de gloire
Trembla ; Napoléon comprit qu'il expiait
Quelque chose peut-être, et, livide, inquiet,
Devant ses légions sur la neige semées :
- Est-ce le châtiment, dit-il, Dieu des armées ? -
Alors il s'entendit appeler par son nom
Et quelqu'un qui parlait dans l'ombre lui dit : non.

Les châtiments, Livre V « L'autorité est sacrée », XIII, 1853.

18 janvier 2007

Je vous déteste


Emile Zola, extraits de

"Mes haines" (Je hais les gens nuls et impuissants. )

 

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Mes haines

La haine est sainte. Elle est l'indignation des coeurs forts et puissants, le dédain militant de ceux que fâchent la médiocrité et la sottise. Haïr, c'est aimer, c'est sentir son âme chaude et généreuse, c'est vivre largement du mépris des choses honteuses et bêtes... Je hais les gens nuls et impuissants... Je hais les gens qui vont en troupeau... Je hais les railleurs malsains, les petits jeunes gens qui ricanent, ne pouvant imiter la pesante gravité de leurs papas.

 


 ‘Je hais les gens nuls et impuissants; ils me gênent.Je n'ai pu faire deux pas dans la vie sans rencontrer trois imbéciles, et c'est pourquoi je suis triste. La grande route en est pleine, la foule est faite de sots qui vous arrêtent au passage pour vous baver leur médiocrité à la face. Ils marchent, ils parlent, et toute leur personne, gestes et voix, me blesse à ce point, que je préfère, comme Stendhal, un scélérat à un crétin.’

 

Edition de 6h : le texte enfin trouvé... copiez, imprimez...

 

MES HAINES
La haine est sainte. Elle est l'indignation des coeurs forts et puissants, le dédain militant de ceux que fâchent la médiocrité et la sottise. Haïr c'est aimer, c'est sentir son âme chaude et généreuse, c'est vivre largement du mépris des choses honteuses et bêtes.
La haine soulage, la haine fait justice, la haine grandit.
Je me suis senti plus jeune et plus courageux après chacune de mes révoltes contre les platitudes de mon âge. J'ai fait de la haine et de la fierté mes deux hôtesses ; je me suis plu à m'isoler, et, dans mon isolement, à haïr ce qui blessait le juste et le vrai. Si je vaux quelque chose aujourd'hui, c'est que je suis seul et que je hais.
Je hais les gens nuls et impuissants ; ils me gênent. Ils ont brûlé mon sang et brisé mes nerfs. Je ne sais rien de plus irritant que ces brutes qui se dandinent sur leurs deux pieds, comme des oies, avec leurs yeux ronds et leur bouche béante. Je n'ai pu faire deux pas dans la vie sans rencontrer trois imbéciles, et c'est pourquoi je suis triste. La grande route en est pleine, la foule est faite de sots qui vous arrêtent au passage pour vous baver leur médiocrité à la face. Ils marchent, ils parlent, et toute leur personne, gestes et voix, me blesse à ce point que je préfère, comme Stendhal, un scélérat à un crétin. Je le demande, que pouvons-nous faire de ces gens-là ? Les voici sur nos bras, en ces temps de luttes et de marches forcées. !au sortir du vieux monde, nous nous hâtons vers un monde nouveau. Ils se pendent à nos bras, ils se jettent dans nos jambes, avec des rires niais, d'absurdes sentences ; ils nous rendent les sentiers glissants et pénibles. Nous avons beau nous secouer, ils nous pressent, nous étouffent, s'attachent à nous.[...]et il y a là des hommes de néant et de sottise qui nient le présent, croupissent dans la mare étroite et nauséabonde de leur banalité. Les horizons s'élargissent, la lumière monte et emplit le ciel. Eux, ils s'enfoncent à plaisir dans la fange tiède où leur ventre digère avec une voluptueuse lenteur ; ils bouchent leurs yeux de hibou que la clarté offense, ils crient qu'on les trouble et qu'ils ne peuvent plus faire leurs grasses matinées en ruminant à l'aise le foin qu'ils broient à pleine mâchoire au râtelier de la bêtise commune. Qu'on nous donne des fous, nous en ferons quelque chose ; les fous pensent ; ils ont chacun quelque idée trop tendue qui a brisé le ressort de leur intelligence ; ce sont là des malades de l'esprit et du coeur, de pauvres âmes toutes pleines de vie et de force. Je veux les écouter, car j’espère toujours que dans le chaos de leurs pensées va luire un vérité suprême. Mais, pour l'amour de Dieu, qu'on tue les sots et les médiocres, les impuissants et les crétins, qu'il y ait des lois pour nous débarrasser de ces gens qui abusent de leur aveuglement pour dire qu'il fait nuit. Il est temps que les hommes de courage et d'énergie aient leur 93 : l'insolente royauté des médiocres a lassé le monde, les médiocres doivent être jetés en masse à la place de Grève.
Je les hais.
Je hais les hommes qui se parquent dans une idée personnelle, qui vont en troupeau, se pressant les uns contre les autres, baissant la tête vers la terre pour ne pas voir la grande lueur du ciel. Chaque troupeau a son dieu, son fétiche, sur l'autel duquel il immole la grande vérité humaine. [...]Il y a, là-haut ou là-bas, dans une sphère lointaine assurément, une vérité une et absolue qui régit les mondes et nous pousse à l'avenir. Il y a ici cent vérités qui se heurtent et se brisent, cent écoles qui s'injurient, cent troupeaux qui bêlent en refusant d'avancer. Les uns regrettent un passé qui ne peut revenir, les autres rêvent un avenir qui ne viendra jamais ; ceux qui songent au présent, en parlent comme d'une éternité. Chaque religion a ses prêtres, chaque prêtre a ses aveugles et ses eunuques. De la réalité point de souci ; une simple guerre civile, une bataille de gamins se mitraillant à coups de boules de neige, une immense farce dont le passé et l'avenir, Dieu et l'homme, le mensonge et la sottise, sont les pantins complaisants et grotesques. Où sont, je le demande, les hommes libres, ceux qui vivent tout haut, qui n'enferment pas leur pensée dans le cercle étroit d'un dogme et qui marchent franchement vers la lumière, sans craindre de se démentir demain, n'ayant souci que du juste et du vrai ?[...]Lorsque ces hommes parlent, les gens graves et bêtes se fâchent et les accablent de leur masse ; puis ils rentrent dans leur digestion, ils sont solennels, ils se prouvent victorieusement entre eux qu'ils sont tous des imbéciles.
Je les hais.62
62 É. ZOLA, Mes haines, ressources, pp. 1-5.

06 janvier 2007

Mais si Dieu, il existe pas...

"Mais si Dieu, il existe pas...

 

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A quoi ca sert que Ducros y se décarcasse !? " 

Pierre Desproges.

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