14 mars 2007

Comité d'éthique en plastique

Reçu par mail aujourd'hui la courte présentation d'un colloque -que je ne suivrai pas- dont le sujet me rappelle de cocasses souvenirs. Coïncidence, je remplissais hier un questionnaire en ligne sur la qualité de la formation que j'ai suivie (depuis la France) dans une université canadienne québécoise. A la fin du questionnaire, il y avait un champ libre dans lequel j'ai indiqué : "globalement, une excellente université (blabla). Mais le pointillisme extraordinaire du comité d'éthique qui devait valider ma 'recherche' est scandaleux. Il faudrait réformer cette institution casuiste (etc, etc.) et laisser les conduites des recherches dans un accord tacite entre les étudiants et leurs mentors."

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Le mail (je souligne) :

 

 

Association Française des Anthropologues
Programme Anthropologies de la santé MMSH

Alice Desclaux et Ghislaine Gallenga
Ont le plaisir de vous inviter à la conférence :

Comités et codes d’éthique en anthropologie :
Garantie ou contrainte ?


 

Will Van den Hoonaard

AIX-EN-PROVENCE, MMSH, salle 101
Vendredi 16 mars à 10h.
De plus en plus, en France comme au plan international, les projets de recherche en anthropologie, ou plus largement en sciences humaines et sociales, doivent être soumis à des comités d’éthique pour pouvoir être financés ou autorisés. Les avis de ces comités traduisent généralement une approche normative, souvent centrée sur quelques points saillants considérés comme relevant de l’éthique de la recherche : gestion de la confidentialité, obtention du consentement des participants avant de débuter le recueil de données, soumission d’un protocole étroitement défini, etc… Cette approche est peu acceptable en anthropologie, pour plusieurs raisons d’ordre méthodologique et épistémologique, et suscite depuis peu des réactions critiques. Faut-il, en réponse à cette formalisation de l’éthique, que les anthropologues se dotent eux-mêmes d’outils formalisés (codes, manuels), disponibles dans de nombreux pays (USA , Grande-Bretagne, Brésil, Inde, etc.) mais auxquels la profession a toujours été réticente en France ? D’autres options sont-elles possibles ?
Will Van den Hoonaard, sociologue canadien, a coordonné une commission, le Social Sciences and Humanities Rzsearch Ethics Special Working Committee (SSHWC), qui a été chargée d’établir un état des lieux des avantages, inconvénients et limites de la soumission de projets en sciences sociales aux critères appliqués par le Tri-Council Policy Statement on the Ethical Conduct for Research Involving Humans (TCPS). La commission a produit un rapport contenant des recommandations, publié en 2004 par l’Interagency Advisory Panel on Research Ethics d’Ottawa. Son analyse des limites et effets pervers des outils éthiques canadiens offre une base de réflexion pour le choix d’une stratégie dans ce domaine qui permette à la fois d’améliorer le niveau éthique et le niveau scientifique des travaux en sciences sociales.

12 février 2007

Anthropologie : vidéos variées...

 

Anthropology in Street Fighting (en)

Celle-ci est étrange et je me demande si le fond n'est pas détestable. 

 
 

N.W.Anthropology - F**k the Police (en)

Celle là est amusante et je suppose que le fond, encore lui, est peut-être assez proche dans le son et dans l'image.

 
 
 

PhysischeAnthropologie (Physical anthropology) (du/en)

  Pour se souvenir d'où vient l'anthropologie (pas directement du régime nazi mais de l'anthropologie biologique). Mais je me demande si cette vidéo n'est pas un fake.
 
 
 

Jean Rouch on the Future of VA (fr)

Monsieur Rouch au mieux de sa forme. Un sacré bonhomme ! 

 
 

Jean Rouch, Les tambours d'avant Tourou et Bitti (fr)

Et pour vous donner une idée du travail de Rouch, un film, très Rouch. Je n'ai rien trouvé d'autre sur YouTube. Si vous avez la possibilité de voir "Les maîtres fous", il le faut. Attention, ça a scandalisé, ça dérange. Griaule l'a tout simplement censuré. Rouch l'a imposé. 

 
 
 
 
 

03 novembre 2006

Dites non à la drogue

(Nota : 2 billets en 1. Si vous ne lisez pas tout, voyez les liens de la seconde partie) 

1°)

On trouve vraiment n'importe quoi en tapant des mots clés sur des moteurs, sous-moteurs et sous-sous-moteurs.

Connaissez-vous la capsule Yahoo ?

C'est un projet "fou" dont l'intérêt m'échappe. A vrai dire, ça ne me fait pas rire du tout. Ca donne ça (prosternez-vous) :

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L'auteur de cette "anthropologie électronique", qui, au même titre que l'auteur de l'article ci-dessous, devrait se procurer un bon bouquin d'anthropologie et regarder quelques définitions, vous propose de réunir n'importe quel document pour illustrer 2006.
 
Dépêchez-vous ! Il semble qu'il ne reste que 5 jours pour faire entrer la photo de votre chien dans l'histoire universelle interstellaire. 
 

Yahoo se lance dans l’anthropologie électronique

Laurent Suply (lefigaro.fr).

 Publié le 10 octobre 2006

 

Le portail invite les internautes à envoyer tout ce qui leur semble symbolique de l’année 2006. La collecte sera enterrée dans un lieu secret pour être rouverte en 2020, mais aussi diffusée vers le cosmos.

 

Le premier projet d’anthropologie électronique qu’inaugure Yahoo s’inscrit, selon son concepteur Jonathan Harris, dans une tradition « aussi vieille que les peintures rupestres ». Selon lui, la « capsule temporelle » de Yahoo sera la digne héritière des hiéroglyphes des pyramides de Gizeh ou Teotihuacan, ou encore du décor momifié de Pompéi.

 

Teotihuacan, plus grand écran du monde

 

Yahoo demande aux internautes de lui envoyer sur son site Time Capsule, jusqu’au 8 novembre, des témoignages de l’année 2006. Pas de limites aux contributions des internautes : autoportraits vidéo, fichiers audio, listes de prédictions, ou mêmes simples phrases. Les « vestiges de 2006 » seront classés dans dix catégories telles que l’amour, la colère, les croyances ou les espoirs, et traduits en dix langues. Un aperçu des premières contributions est d’ores et déjà disponible sur le site.

 

L’intégralité cette collecte numérique sera rassemblée et gravée sur un support longue durée. Un exemplaire sera enterré dans un endroit secret de la Silicon Valley et deux autres intégré au fonds du Smithsonian Institut, qui regroupe 19 musées américains, et de l’Institut d’anthropologie et d’histoire de Mexico.

 

Mais auparavant, le contenu de cette capsule temporelle sera symboliquement projeté sur la pyramide du Soleil de Teotihuacan qui deviendra ainsi, selon Yahoo, « le plus grand moniteur vidéo de tous les temps ». La « cérémonie » durera trois jours (25 au 27 octobre) et sera diffusée par Yahoo sur internet. Clou du spectacle : cette « mosaïque d'instantanés révélateurs » sera diffusée vers l’espace.

 

Commenter les « vestiges » des autres internautes »

 

Jonathan Harris, un artiste qui avait déjà créé pour Yahoo une « netrospective » assez similaire, regroupant les 100 moments les plus importants de l’histoire du web, est le chef d’orchestre de ce polaroïd de l’année 2006. Il a créé un design intuitif pour le site de la « time capsule », sur lequel chacun peut déposer son morceau d’histoire, mais aussi commenter les témoignages des autres internautes. Harris est le créateur de nombreux sites expérimentaux dont justcurio.us (sur lequel les internautes répondent aux questions d’autres internautes de façon anonyme), et phylotaxis.com (qui présente l’actualité du jour sous une forme originale).

 

Yahoo « ouvrira » sa capsule scellée en 2020, pour fêter son 25ème anniversaire, et s’attend à constater « combien le monde change rapidement ».

 

 Source : Article du Figaro (Beurk)

 

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2°) 

Edition : une heure plus tard.

 J'ai été un poil injuste et méchant au début de ce billet. J'ai parcouru les travaux de J. Harris sur son site. Ils sont assez impressionnants. Une touche de grandiloquence et de mysticisme, mais c'est à découvrir. Voici les liens (quand je ne commente pas, c'est que je ne connais pas) : 

Le site qui présente ses travaux

We feel fine : les émotions de la planète entière. A découvrir. Faites des recherches par age, sexe, lieu, émotions...

www.love-lines.com

www.phylotaxis.com (peu essayé, apparemment, ça nous présente l'actualité selon une forme proche de la capsule yahoo)

www.justcurio.us : à découvrir aussi !! Répondez aux questions et posez-en une à votre tour. Observez les réponses.

1,719,376 strangers have answered 364,208 questions.

birthday.yahoo.com/netrospective

www.princeton.edu/artofscience

www.fabrica.it

www.tenbyten.org

www.wordcount.org 

www.understandingvorn.org 

www.threatmeter.com

Information Maps | Non-Geographic Mapping

troubadour magazine

24 septembre 2006

AST, résumons...

Il y a quelques temps, Naarjuk et d’autres m’ont demandé sur la Dolgorouki Inc. de justifier l’intérêt de la pseudo-recherche que j’ai menée ces deux dernières années…

 

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« J'aurais aimé en savoir un peu plus sur ton travail effectif, et tes véritables préocupations (hors résonnance), ou intérêts dans cette recherche
Et d'abord, et c'est la question qui nous sort peut-être un peu de la science mais nous plonge dans l'humain (même scientifique):
pourquoi une socio-anthropologie d'un laboratoire?
Ou pourquoi un tel domaine de recherche?
Ou quelle est le petite bête qui t'as piqué?
Ou pourquoi pas des sauvages à plumes ou à poils, à la langue barbare (pléo...), et aux us fatigants, mais si plein d'un exotisme sexy?

Avant de demander, peux-tu proposer un billet sur ta recherche, ou faudra-t-il (et Sainte Mère de Dieu je le comprendrais) attendre le mois de septembre? »

 

D’où ce billet. Disons tout de suite qu’il ne répond sans doute pas à la curiosité de Naarjuk, ce n’est pas une réponse toute personnelle. Il s’agit d’un résumé de mon sujet écrit en décembre 2005. Composé de 6003 caractères (environ deux pages standard), il présente le cadre théorique et l’orientation générale de mon enquête. Les résultats de celle-ci sont présentés dans le document final que j’envisage de diffuser ici même dans quelques temps. Je compte aussi nourrir cet article de Wikipédia, si la technique veut bien me laisser le faire (j’ai créé le titre il y a six mois, mais impossible d’y coller mon texte)

En complément au résumé ci-dessous, les gens intéressés peuvent consulter les catégories ci-contre.

 

 

 

Produire, reproduire et utiliser le fait chimique :

L’ethnographie du « laboratoire D ».

Enquête en (socio-)anthropologie

des sciences et des techniques

 

« Il faudra considérer que « l’unité de la science »,

 la spécificité idéologique de la pratique scientifique

 et la scientificité de l’anthropologie sociale

sont les aspects solidaires d’un même problème. »

Georges Guille-Escuret (1991 : 84)

Introduction à l’anthropologie des sciences et des techniques

 

L’ethnologie doit autant s’occuper des champs traditionnels (religieux, économique, politique, symbolique, parenté, etc.) que de la production sociale des sciences ou des technologies. De même que l’exclusivité exotique n’est plus réservée aux ethnologues, l’étude de nos technologies et de notre modernité gagne à n’être plus seulement l’apanage de technocrates, de politiciens ou des décideurs économiques. L’homme de la rue se représente l’anthropologue sur des fouilles archéologiques, ou bien armé d’un double décimètre, disposé à mesurer les cranes des primitifs dans une région hors d’accès à moins qu’il ne s’occupe de poser des étiquettes dans les cabinets de curiosité d’un muséum occidental. Ces images d’Épinal ont changé, changent et y sont appelées, d’autant que les nouveaux terrains et objets de la discipline constituent une part importante de l’actualité et du renouvellement de l’activité des anthropologues.

 

La sociologie des sciences s’est montrée assez frileuse en se constituant tardivement autour des contenus scientifiques : les sociologues et anthropologues actuels l’indiquent tous. L’idée dominante a été à l’image des opinions courantes : on ne s’aventure pas dans les sciences dures, puisque les contenus scientifiques ne nous sont pas discutables ; ils sont la réalité rigide et la vérité irréfutable. Ce vaste terrain de prénotions n’interpelle t’il pas l’ethnologue ? Bruno Latour (Latour & Woolgar, 1988 : 15) intitule une partie « Raison d’être de l’ethnographie de laboratoire ». Et comment le contester ? Il prouve en effet qu’en 1988, alors que son ouvrage est publié, aucune étude approfondie n’a été menée au sein d’un laboratoire scientifique. Il appelle par ailleurs à dépasser ce que les historiens et les sociologues ont analysé, ou plutôt, le postulat qui régnait alors : ce que l’on expliquait de la science était toujours l'interprétation fournie par les scientifiques eux-mêmes ; « Les savants font eux-mêmes leurs sciences, leurs discours (…), leur éthique (…) leurs politiques (…). Les autres écoutent. » (id : 15) La science est tenue pour acquise ; les boites noires demeurent impénétrables et le métalangage des analystes de la science est le métalangage des producteurs de la science. B. Latour, D. Vinck, V. Scardigli… : tous ont souligné la frilosité des sciences humaines à s’avancer dans les « boites noires », dans les lieux sacrés de la production de la science.

Projet d’enquête au « Laboratoire D »

 

L’objectif principal de mon projet est de réaliser l’enquête ethnographique d’un laboratoire de chimie. Par « enquête », j’entends suivre le processus de production d’un fait scientifique. Par « ethnographie », j’entends exclure une enquête rapide et superficielle, de type journalistique. Il s’agit de pouvoir rendre compte d’une activité scientifique en se donnant les moyens de dépasser les explications données par les acteurs eux-mêmes. Autrement dit, mon objectif se place dans une perspective anthropologique puisque je cherche à construire, à partir de l’étape ethnographique de collecte d’informations et de données, des modèles d’explication au-delà de l’informationnel et de la donnée brute, livrable telle quelle. Cette enquête vise à définir le contour de l’activité scientifique : dans quel contexte large le « fait chimique » est-il produit ? Pour répondre à cette question, j’élargirai l’étude d’un groupe de scientifique aux institutions en son amont (ce qui rend l’activité possible) et aux « clients » en son aval (ce qui oriente l’activité). Cette prise en compte de l’environnement social, politique et économique du laboratoire donne à mon projet sa dimension d’enquête. Au cours de sa préparation, j’ai souvent hésité à le nommer ou le présenter comme une « enquête ethnographique » ou une « étude de cas » en socio-anthropologie des sciences, des scientifiques et de la technologie. Cette distinction ne paraît pas des plus urgentes à examiner et a priori le premier terme vaut le second. Il s’agit d’une enquête ethnographique puisque je me penche sur la description et l’analyse d’une communauté (ou d’un groupe) de scientifiques au moment où la science « se fait ».

 

Objectifs évidents, les objectifs spécifiques que je définis ici sont tous subordonnés aux objectifs généraux qui posent le cadre de référence du projet. J’ai retenu de la première partie que réaliser une ethnographie de laboratoire me paraît un projet défendable et intéressant au regard de la discipline et de mes centres d’intérêts. Les sciences humaines se sont avancées tardivement et timidement dans les sciences dures, malgré l’intérêt évident de leur analyse, dans notre société digitale où le consommateur de la science devient toujours plus étranger à celle-ci (voir la brillante ouverture de la conclusion de Scardigli, 2001) : nous sommes toujours interrogés sur l’enveloppe de la science, jamais sur son contenu accessible. De même, les utilisateurs s’approprient quotidiennement des gadgets technicisés sans jamais s’interroger sur leur fonctionnement le plus élémentaire.

 

En s’appuyant sur les travaux du courant de l’anthropologie des pratiques scientifiques (Lemaine, Latour, Woolgar, Knorr-Cetina, Lynch, etc.), l’objectif sera d’observer la science en train de se faire : description d’objets techniques (voir l’ouvrage-référence d’Akrich, Comment décrire les objets techniques), fonctionnement d’une communauté scientifique, pratiques quotidiennes des acteurs, influence des innovations technologiques sur la production du savoir scientifique… Par conséquent, un des objectifs de ce projet est de me donner les moyens (pratiques, méthodologiques, théoriques…) de réaliser une véritable enquête.

 

Enfin, pour indiquer autant un point de méthode qu’un de mes objectifs, je reste dans l’une de mes idées de départ qui était de commencer l’enquête in situ par la description d’un ensemble d’objets techniques ou d’un objet technique particulier. Il s’agirait ensuite d’élargir peu à peu cette description physique à ses utilisateurs principaux puis secondaires (s’il y a lieu), à l’observation des influences de l’objet en question sur la production des résultats, etc.

 

 

 

 

 

 

 

Références utilisées :

 

p Guille-Escurbet G., « Ethnologie des sciences et logique de la science », in « L’Homme », 119, 31, (3) : 81-111.

p Latour B. & Woolgar S., 1988, La Vie de laboratoire, la production des faits scientifiques, 1ère éd. américaine 1979, La découverte, Paris.

p Scardigli V., 2001, Un anthropologue chez les automates, « De l’avion informatisé à la société numérisée. » PUF, Coll. Sociologie d’aujourd’hui, Paris.