Pour les mêmes raisons que Laurent Gloagen, j’ai décidé le 1er octobre de raconter ma journée dans les moindres détails à la manière d’une déposition que des keufs demanderaient.
Quelles sont-elles ces raisons ? Disons qu’il s’agit d’une critique des u-bloggeurs et des bloggeurs tout court qui racontent leur vie en pensant sensiblement intéresser leurs lecteurs. Des billets de ce style, il y en a beaucoup pas loin d’ici. La folie de faire des liens me démange mais ça n’est pas très sympathique et j'ai assez souffert.
En me sondant sur la pertinence de réaliser vraiment cette narration, j’ai attendu avant de la mettre en ligne. Ce qui me permet de constater une chose : il est intéressant de voir que l’auteur du billet qui m’a donné l’envie de faire comme lui a visiblement prit goût à raconter méthodiquement sa vie. Et ses lecteurs aussi, il suffit de parcourir les commentaires. pour les billets en question, voir ici, là et là.
A se demander si il (nous) critique (critiquons) les gens qui racontent leur journée ou si nous (j’) y participons (participe) par plaisir ultrazégocentré. A ma décharge, je tiens à préciser que je n’ai aucune envie de répéter l’expérience, bien qu’elle soit d’un intérêt microsociologique ou ethnographique gigantesque.
Pour résumer, comme je l'ai fait sur un blog, ce qui partait d'une critique de certaines pratiques s'est transformé en pratique de l'objet de la critique. Et pour s'énerver, rien de mieux que de se rendre compte -encore faut-il faire un effort réflexif, qu'on est aussi con que les Autres.
Et si ça vous tente de rédiger tout ce qui vous arrivera demain, je dois avouer que je serai le premier à vous lire.
Va comprendre.
Rapport du Premier Octobre 2006
9h50 : Réveil sans l’un de mes 6 appareils sonores qui étaient réglés respectivement pour produire 80 DB à 13h30 puis 120 DB à 14h. Je me suis endormi pas mal saoul il y a à peine trois heures. Mais pourquoi je me réveille si tôt ? La vie est injuste.
10h12 : La main dans le slip, je pense aux choses agréables (une collègue de début de soirée) et désagréables (un connard de fin de soirée que je n’ai pas remis à sa place) en me jurant d’éviter de sortir le samedi soir parce que le nombre de blaireaux au mètre carré augmente le samedi soir. Et ils finissent au Bec de Jazz quand je commence à y être bien.
10h19 : J’allume la radio configurée sur France Inter. Il y a une émission à la con qui va bien pour un dimanche matin. Je le dis au chat. Il s’en fiche et je lui fais remarquer son manque d’implication. J’ai un peu mal à la tête mais je ne reviens pas d’être déjà réveillé. J’allume mon PC histoire qu’il commence déjà à télécharger tranquillement des morceaux electro-techno-boumboum (depuis une semaine ça me faire rire d’en écouter en prévision des soirées avec les potes) et des films qu’on m’a conseillés. Je me sers un litre de grenadine glacée et me recouche en me jurant d’acheter du jus d’orange la semaine prochaine.
10h34 : Je me relève parce que j’ai peur de m’endormir et de ne plus jamais me réveiller pas me réveiller à temps pour aller au boulot. Oui, madame, je travaille le dimanche. Et à l’aube en plus, à 14h30.
Je visite mes blogs, certains mails puis ouliblog et des forums. Pas de messages. Personne ne m’aime et la vie est injuste.
10h39 : Faire un café me parait difficile. Je reste devant l’écran et allume une clope : une manufacturée parce que c’est la première.
10h50 : Café.
11h04 : Pipi. J’écoute Panique au Mangin Palace parce que j’aime bien le générique, l’animateur. L’émission en somme. Il y a toujours des morceaux de musique sociologiquement intéressants parce qu’ils sont contextualisés. Dommage que je ne sois jamais levé à temps pour l’écouter. L’émission est consacrée aux années 1970, ça fait la première bonne nouvelle de la journée. Chirac a démissionné en 1976, Simone Veille militait pour les Droits de la femme et TF1 diffuse en couleurs…
11h10 : Clope manufacturée.
11h11 : Puisqu’il est l’heure de penser à Desproges, j’observe l’affichage digital de mon radio-réveil avant d’aller finaliser la digestion commencée hier.
11h36 : L’émission de radio susnommée passe un extrait des Valseuses. C’est la scène où Depardieu cherche à faire jouir une Miou-Miou s’en foutiste. L’animateur utilise cet extrait pour illustrer la position de Sarko par rapport à Chirac. Je ris.
11h40 : PAMP passe le remix de Renaud par R-wan.
11h43 : Je m’habille en découvrant avec plaisir que mon pull noir qui a absorbé les notes de fond de mon parfum. Celles que je préfère.
11h53 : Clope. Je passe aux cigarettes roulées. J’imagine qu’une blonde me donnera la nausée.
11h55 : PAMP passe Vanina de Dave. Je fredonne. Ca m’émeuh.
1156 : Je le télécharge. 42 sources, 2,87 Mo. 3mn08. Ce sera vite être downloadé. Et moi qui attends un morceau de jazz depuis 4 mois… La vie est injuste.
11h58 : Vanina est téléchargé.
12h00 : Vous écoutez France Inter. Fleur Sitruk nous apprend que Fabius est « candidat à la candidature ». Le monde est trop injuste.
12h01 : Je préfère écouter Vanina. C’est kitch et ne m’émeuh plus. Mais ça fera pester mes amis lors d’une prochaine soirée. J’archive donc dans ma compil « Morceaux cul-cul » avec un sourire en coin.
12h06 : J’écoute Salope des VRP. Je ne me souvenais pas de la qualité de l’instrumentation. Du coup, j’écoute aussi Skinhead aux cheveux longs pour la nostalgie (« avec son tatouage mort au vaches, les indiens l’ont pris pour un con. »)
12h10 : Je file faire le marché sur les quais des Célestins.
12h12 : Une smart se gare perpendiculairement à un trottoir autour de la place des Jacobins, ce qui ajoute au ridicule du véhicule. Je m’imagine déjà la pousser ce soir au milieu de la route. C’est un genre d’activité nocturne auquel je me prête volontiers. Faudra aussi que j’essaie la course à pied sur les toits de voiture.
12h18 : Clope roulée.
12h20 : Les quais sont fichtrement achalandés. J’achète tardivement des patates, un pain de campagne, deux fromages frais et une pizza mangée ensuite au bord de la Saône; fume deux clopes, écoute les conversations et les gens qui se plaignent dans trois langues ; rencontre un ancien du théâtre et un jeune rencontré hier soir qui ne voulait visiblement pas me parler.
13h12 : Traversée de la place Bellecour en passant d’abord sous les marronniers d’automne. Pensée émue pour tous ces enfants qui iront demain à l’école. Les marronniers et l’automne m’évoquent l’école.
13h13 : Je doute que cette remarque soit utile à la police…
13h34 : De retour devant l’écran, j’écoute Corinne des VRP (« le train démarre et le paysage aussi… ») puis la playlist suivante en surfant à la recherche d’éléments de constitution de mon sujet de thèse. Je recherche un laboratoire ou un centre de recherche innovant. Aucune amorce de problématique ne me saute aux yeux. On verra plus tard.
13h52 : Le chat saute sur mes genoux et plante son nez sous mes aisselles.
14h03 : Rasage. Electrique, par flemme.
14h19 : Dégrisement à base d’eau et savon.
14h29 : Clope manufacturée.
14h32 : Café
14h34 : Tranfert des MP3 récemment téléchargés sur mon lecteur pour m’occuper au boulot.
14h35 : Je devrais être au théâtre depuis cinq minutes. J’y file.
14h40 : Je transpire déjà dans mon costume Kenzo ®. C’est sans doute l’excitation d’aller travailler. Je sais que ça va se calmer bientôt.
14h47 : Je salue quelques collègues dans l’atrium où nous attendons un pseudo-brieffing, des informations propres à la soirée, éventuellement utiles.
14h58 : Clope collective sur mon fumoir préféré, un balcon de vieilles pierres. Vu d’en-bas, ça donne ça.
15h30 : « Bonjour » N°1 à un premier spectateur. J’observe, je fais asseoir, j’aide, j’explique, j’indique, j’oriente, je distribue, je marche et je souris.
16h03 : « Bonjour » N° 97.
16h08 : Clope manufacturée.
16h24 : Causerie ébauchée avec un collègue qui, dans le civil, danse.
16h47 : Clope manufacturée.
17h04 : Affalé dans une banquette des couloirs de l’orchestre, j’écoute divers MP3 inconnus sur mon lecteur et note ceux qu’il me faudra supprimer de mon disque dur.
17h11 : Je me demande quel intérêt j’ai à faire une thèse. Je ne serai sûrement pas prof d’anthropologie ni chercheur. C’est trop éloigné de ma « trajectoire sociale » mais constitue un défi qui me plait.
17h23 : J’explique à Tangee ce que je note et dans quel but. On en discute.
17h32 : J’entends les applaudissements. J’entre alors en salle pour observer les rappels.
17h38 : « Au revoir » N° 1.
17h45 : « Au revoir » N° 14.
17h57 : Sorti sur le perron, je fume une roulée avec un ancien de l’équipe de passage au théâtre.
18h04 : Ascension douloureuse des 6 étages de mon immeuble.
18h12 : Visites électroniques habituelles : mails, blogs, forums.
18h25 : Clope manufacturée.
18h53 : Les patates sont cuites. Ce petit déjeuner est le bienvenu. Je me dis comme d’habitude que ce n’est pas sérieux de vivre comme ça. J’englouti les trois énormes patates avec beurre, sel, poivre et la moitié du pot de mayonnaise.
19h11 : Je surfe sans aucune concentration.
19h55 : Je sors retrouver mon monstre mécanique pour assister à une soi-disant réunion avec mes camarades du local de répète. L’essentiel de mes potes, quoi.
20h18 : Je tourne en rond entre le quartier de la Guillotière et la Part-Dieu. J’ai toujours un mal fou à trouver où habite l’hôte en question. Mais c’est un pur plaisir de rouler puisque ça fait quelques jours que je n’ai piloté mon bolide fumant, sans freins et qui plafonne à 54Km/h.
20h27 : J’ai trouvé.
20h30 : Les amis sont là. Ils préparent des pâtes et boivent des bières. Je remarque que les 5 groupes du local sont représentés.
20h42 : Signatures de chèques. Machin a payé tel mois mais untel a payé celui-ci. Machin ne doit rien à untel qui doit 50€ à Dupond et 25 € à Lajoie. C’est compliqué mais tout semble régularisé.
21h12 : Untel et bidule sont autour de l’ordinateur pour tracer avec moult énervement un planning d’occupation du local. Les autres dont moi, spectatons. Je mets de l’huile sur le feu en affirmant que la Révolution est mal engagée avec un pragmatisme comme le leur.
22h23 : Le tableau est imprimé.
22h26 : Je suis élu président de cette foutue association à la majorité absolue et universelle du hasard. Une chance sur huit et c’est sur moi que ça tombe. Je suis partagé entre le plaisir de pouvoir exercer ma dictature en commandant au vice-président d’aller me chercher une bière illico et la crainte que ce rôle ne me convienne pas, moi qui suis le moins engagé dans la collectivité : je parle toujours de « leurs concerts », leur « camion » parce qu’eux ont un groupe qui tourne un peu. Le mien non. Pas encore.
22h44 : On tape le compte-rendu de l’AG. Karl souhaite blesser mes yeux fatigués en actionnant un interrupteur. La seule conséquence de cette stupide action est de faire disjoncter le PC. Il reboote pendant que chacun y va de sa petite insulte à l’endroit de Karl.
23h11 : On dicte nos noms, prénoms, date et lieu de naissance, ce qui est sujet à beaucoup de mauvaises blagues.
23h33 : Enfin l’on signe.
00h01 : La discussion tourne autour des matches à venir sur Tremulous et du niveau des joueurs.
00h13 : Tout le monde est épuisé pour des tas de raisons légitimes. On sort. Je suis ravi de n’avoir qu’une poignée à tourner pour rentrer.
00h18 : Maudites marches. Elles sont 144.
00h22 : Pipi puis ultime consultation des mails et blogs. Je fais un saut sur l’excellent site de lien-socio.
00h40 : Je lis la fin d’une bonne BD : Une épaisse couche de sentiments.
00h49 : Fumons une dernière blonde au lit à défaut d’y être avec une.
01h00 : Extinction des feux, j’allume France Inter pour écouter les niouzes et m’endors dessus. Ca fait des mois que je ne me suis pas endormi si tôt.